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Maj le 31/10/2017

Ecoutez un extrait du livre, lu par l'auteur :

Extrait du conte Khodumodumo et Senkatana


MONSTRE, dérivé du verbe latin monstro-are : montrer, faire voir, et de monstrum : fait prodigieux, tout ce qui sort de la nature.

Les monstres nous monstrent donc des prodiges parfaitement naturels, puisqu'ils sont issus de la nature, enfouis, cachés, enfantés par elle, pour se révéler au grand jour, provoquant de notre part une réaction, comme une question posée, parfois rude et terrifiante, qui attend de nous une réponse.


Les premiers monstres qui nous viennent à l'esprit sont ceux de la mythologie, qui sont des gardiens du seuil. Quel seuil ? Celui qu'il est périlleux de franchir, qui sépare le visible de l'invisible, le connu de l'inconnu, le conscient organisé, encadré par des usages, des règles, des lois, de l'inconscient imprévisible, indomptable, et par conséquent redoutable, capable de faire voler en éclats le château de cartes de notre équilibre psychologique ou de notre façade sociale.

 

Le monstre, par ses manières discourtoises et sa gueule béante, nous dissuade donc de franchir ce seuil sous peine de nous dévorer. Qu'on ne s'y trompe pas, cette menace, en réalité un avertissement, sert à nous protéger. En effet, au-delà du passage, dont la bête défend l'accès, se trouvent des monstruosités bien pire que leur gardien. Malheur aux fanfarons qui bravent la menace sans posséder les armes appropriées ! Dans la mythologie, seuls les héros solaires sont capables de relever le défi lancé par le monstre, parce qu'ils sont pourvus des qualités nécessaires (encore faut-il qu'il les trouvent et apprennent à en faire usage) pour l'affronter et le terrasser.


Héraclès nous a révélé à quel point les épreuves qu'il rencontrait symbolisent des aspects de nous-mêmes, de nos insuffisances, de nos peurs, de nos esquives (voir ici, une introduction au sens de son parcours et de ses Travaux), qui nous empêchent d'accéder à une meilleure maîtrise de nos facultés, et nous conduisent à l'échec en nous faisant tourner en rond dans notre désordre intérieur (le premier fauve que nous ayons à combattre), qui finit par nous absorber et même nous dévorer.

La bête de cauchemar qui nous attend au-delà du seuil n'est autre que notre jumeau caché.


Le sens du mot héros s'est terriblement affadi. Il n'est plus aujourd'hui que le personnage principal d'un récit. Or, selon les Grecs qui ont inventé le concept, le héros est le fils d'un dieu (le plus grand, Zeus) et d'une mortelle, vierge obligatoirement (c'est le cas d'Alcmène, mère d'Héraclès). Le héros est donc moitié humain, moitié divin. Un demi-dieu, donc, ou un dieu en devenir. Son ascendance divine lui transmet le matériel génétique nécessaire pour accomplir sa quête, et les obstacles qu'il rencontre lui révèlent l'état de son être, lui offrant un moyen de se dépasser, et de s'élever.


Si l'héroïsme n'était qu'une affaire de dieux, il ne nous concernerait guère. Heureusement, le monde magique a plus d'un tour dans son sac. Il sait se faire attirant, et nous tend des perches, jetant des passerelles au-dessus du vide qui sépare la Terre du Ciel. La plus grande de ces passerelles, en fait un pont majestueux, s'appelle la vie quotidienne. Elle multiplie les incitations à nous engager sur le grand Pont en nous offrant des occasions de nous confronter (peaux de bananes en tous genres, frustrations, échecs, accidents…) afin de nous convaincre d'emprunter la voie du héros.

C'est ainsi que, parfois, face à un danger incoercible, inattendu, surgi de notre vie, des humains ordinaires découvrent en eux ces vertus solaires, et, se révélant à eux-mêmes, font face à ce monstre non plus symbolique mais bien réel, le combattent, le terrassent. Une lumière fulgure soudain, les illumine. L'espace d'un instant, ils sont devenus des héros.


Parfois encore, le monstre se révèle comme l'état intermédiaire d'une métamorphose, qui aboutit, grâce à l'action d'un héros qui s'ignore, à la naissance d'un être de lumière... qui n'est autre qu'une image du héros lui-même.


Telle est l'intention de mon recueil : présenter une galerie de portraits, où monstres et hommes sont réunis dans une seule et même grande famille qui peuple la terre. Partout à travers le monde, le monstre suit l'homme comme son ombre, véritable commensal qui se nourrit de lui, et finit par lui ressembler si bien, qu'il est parfois difficile de les distinguer l'un de l'autre.


Mais le monstre, après tout, n'est-il pas un ami qui ne veut que notre bien ? À travers la frayeur, le dégoût, l'horreur qu'il nous inspire, ne nous questionne-t-il pas habilement ?

- Où en es-tu de ton évolution ? nous demande-t-il, à travers ses provocations. Si tu veux savoir, attaque-moi ! Allez, ose !

Comment ne pas évoquer le symbolisme de la croix, pour tenter de lui répondre ? La croix pourvue de ses deux axes : l'un vertical, Terre-Ciel, celui des grands archétypes, matière-esprit, et l'axe horizontal, celui de l'incarnation, des expériences humaines et des différents plans de conscience. Le second coulisse sur le mât central, s'élève ou retombe, et nous donne une idée de notre position sur le chemin… Avons-nous commencé à nous extraire de la matière ? Sommes-nous encore loin de la maison Esprit ?


Au contact des monstres, nul mensonge ne résiste, et chacun trouve sa vérité.


Les neuf contes que j'ai choisis sont originaires d'Afrique australe, d'Extrême-Orient, d'Europe du Nord, de Grèce, de France et d'Amérique.

Editions Livre de Poche Jeunesse

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Couverture Khodumodumo.jpg Khodumodumo

L’enfant sans tête