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Maj le 31/10/2017


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Clémence et Louis.

Ils ont 16 ans tous les deux. Ils s’aiment. Ils aiment la vie et ne savent pas encore à quel point. Il suffira d’un déclic pour qu’ils en prennent conscience. Ce déclic, c’est un forage, autorisé dans leur commune. C’est surtout la démobilisation grandissante des adultes qui s’étaient d’abord dressés contre cette agression et dont l’ardeur tiédit.


Le respect de la terre est un sujet sensible pour Clémence. Fille d’agriculteurs, sa mère est morte d’une maladie provoquée par l’usage des pesticides et le forage, qui doit justement s’installer dans un champ appartenant à son père, est une provocation intolérable. Un harcèlement des pollueurs !

Avec Louis, elle décide de faire face.

Ils sont la génération future qui devra, la première, vivre dans un monde organisé par les prédateurs !

Cet avenir avec lequel jouent les dirigeants de la planète, faussement soucieux de le préparer, c’est le leur ! Résolus à faire entendre leur voix, ils ne tardent pas à être rejoints par leurs amis, époustouflés par leur détermination.

Des actions de protestation s’engagent alors qui iront crescendo jusqu’à se transformer en une véritable épopée non-violente.

Non, on n’exploitera pas le gaz de schiste ! Ni chez eux, ni ailleurs !

Les énergies fossiles sont moribondes.

Il est temps de se tourner vers la vie !

Premières idées, première ébauche, premiers échanges de Jacques avec Cécile Térouanne, son éditrice, sur ce qui allait devenir

LA COLÈRE DES HÉRISSONS.

L’écriture de Jacques sous le regard de la graphologue Sylvie Chermet-Carroy.

Lire ici

Extrait du chapitre 1 :

Extrait du chapitre 2 :

Editions Livre de Poche Jeunesse

La colère des hérissons




 



 



De : Jacques Cassabois

Date d'envoi : mardi 14 août 2012 14:42

À : Cécile Térouanne

Objet : GDS


Cécile,


C’est en rentrant de Bretagne, en apprenant que la commune voisine de Moncourt était concernée par l’exploitation des Gaz et Pétroles de Schiste que je me suis dit : « Et si j’en faisais mon prochain sujet ? Raconter une histoire sur l’arrivée d’un projet pareil dans une localité et ce qu’il provoque. » C’est ainsi que les choses se sont présentées à moi et cette idée ne me faisait pas rien. Tu ne vois jamais l’enfer de la même façon lorsqu’il brûle loin de chez toi et lorsqu’il commence à te chauffer les fesses.


Je connaissais un peu le sujet (mais moins qu’aujourd’hui) pour lire les infos que nous faisait suivre notre amie d’Ardèche, très impliquée dans le collectif ardéchois de lutte contre les GDS et c’est pourquoi, j’ai fait de notre halte chez elle, une sorte de test : discuter avec elle, connaître le détail de leur organisation, récupérer du concret, vivant, pour nourrir mon idée.

Quelques détails m’ont vraiment touché. Leur détermination, très forte. Leur sérieux, les scientifiques qui sont engagés dans leur mouvement, leur organisation, pas clandestine, mais réservée sur certains aspects qui les rend prudents dans ce qu’ils communiquent par le net, leur système de veille si des camions foreurs se pointent chez eux et leur réseau d’alerte qui envoie directement sur place tous les « bloqueurs » qui ont fait la formation de blocage de camions pour les immobiliser. Bref, pas des amateurs. Des gens déterminés qui veulent défendre leur pays contre les gougnafiers prêts à le saccager avec leurs forages : parce que dans l’état actuel des choses, il n’y a pas d’autres conséquences et les Américains du Texas, de Pennsylvanie, du Colorado, les Canadiens d’Alberta, entre autres, où les surfaces de forage laissent une terre ravagée et totalement polluée, où l’eau potable est contaminée, radioactive, s’enflamme dans certains cas à la sortie du robinet (une maison a même explosé).


J’ai même pu, pendant le bref temps où nous sommes restés au Teil, rencontrer une des personnes actives du collectif vivarois. Lulu (notre amie) lui a envoyé un mail jeudi matin pour lui demander si on pouvait se rencontrer, pas certaine qu’il soit rentré de vacances. Il téléphonait une heure après et on s’est rencontrés l’après-midi. Pour moi qui étais venu avec l’espoir de glaner du concret, j’ai vu cette rencontre comme une porte qui s’ouvrait.

Je me suis évidemment présenté, dit ce que je venais de publier (il sait ce qu’est la Croisade des enfants, ce qui m’a étonné) et pourquoi je voulais le rencontrer. La confiance s’est assez vite installée. Je n’ai pas reçu des tonnes de doc, évidemment, mais des pistes de recherches et la possibilité, par son intermédiaire, d’entrer en contact avec des gens pointus.

Le fait que je projette d’écrire un roman pour les jeunes l’a réellement touché. « Concerner les jeunes, on y réfléchit justement ! Assurer des relais. » m’a-t-il avoué. Et plusieurs fois, il m’a répété : « Oui, ça c’est une bonne idée ! » Lulu m’en avait déjà parlé. « Tu sais, les jeunes, on les voit pas beaucoup. C’est les vieux comme nous qui sont en majorité dans les collectifs. Et c’est pas uniquement parce qu’on est retraités et disponibles. Les jeunes, ils sont trop dans la consommation…» Et là d’ajouter qu’elle est allée, par sympathie, à une manif d’indignés, je ne sais plus où, en me disant : « Ils nous ont demandé si on n’avait pas du drap pour faire des banderoles… Tu penses, on leur en a donné, mais ils savent rien faire. Ils sont bien gentils, mais ça va pas plus loin. »


Il faut dire que le mouvement d’opposition aux gaz de schiste, s’il n’est pas d’obédience strictement politique, a clairement recruté chez des gens de gauche et s’est à l’évidence doublé d’une coloration anti-sarkozyste, soutenu par des élus (présidents de Conseils généraux, régionaux…) qui ont écrit leur ferme opposition et qui sont aujourd’hui dans la majorité, voire au pouvoir. Paradoxalement, cela risque de nuire à la mobilisation. Comme le disait le gars rencontré au Teil : « Avant, l’adversaire était clairement défini. On n’avait aucun doute. Maintenant… c’est moins net. On sent de l’attentisme chez certains. J’ai peur qu’on ait plus de mal à mobiliser. » Et d’exprimer ses doutes devant la contre-attaque déjà lancée dans la presse par les compagnies pétrolières, leur puissance, leurs relais (Allègre qui pousse Hollande à accepter, Perdriel, patron de presse de gauche qui va dans le même sens. J’ai lu leurs articles. Ils sont truffés de demi-vérités ou carrément de falsifications.)


Ces rencontres m’ont permis de percevoir ce qui n’est pas sensible dans les textes publiés sur les sites : la nette crainte de se faire bananer, de voir la mobilisation s’essouffler face à la force de frappe des pétrogaziers, leur manipulation de l’opinion qui parviendra à faire passer l’idée que les opposants sont passéistes et que l’avenir, la croissance, la richesse, l’indépendance énergétique est à portée de mains… sous nos pieds ! A 3000 mètres. Suffit de se baisser pour ramasser et on sait justement se baisser pour atteindre cette profondeur.


Lulu ne doute pas qu’il y aura toujours des gens déterminés chez eux. « On en a qui sont prêts à prendre les fusils, à s’immoler ! » Mais ce qu’elle craint, c’est la fatigue, l’essoufflement de la masse des gens concernés. Jusqu’à maintenant, ce sont les foules mobilisées qui ont fait reculer les politiques : résultat, interdiction de la fracture hydraulique. Mais aujourd’hui, on parle de revoir le code minier qui date de Napoléon, on nomme des commissions où les représentants des pétroliers entrent en force, on crée des concertations, bref la vigilance est exacerbée, car les choses se diluent. Les collectifs ne peuvent pas refuser la discussion, mais ils savent bien que la discussion brouille les pistes, fait traîner, pousse au compromis et que c’est ainsi qu’ils se font couillonner.

Un exemple : l’indemnisation des propriétaires des terrains sur lesquels se font les forages et des collectivités locales est aujourd’hui absolument dérisoire. Si le code minier est revu, ces indemnités seront réévaluées, les mairies se verront offrir des équipements, on les appâtera avec des perspectives d’emploi et certains élus, aujourd’hui dressés contre les forages, se laisseront convaincre.


Bon, j’arrête là cette évocation nécessaire du contexte. Maintenant, quoi ?



















Et voilà qu’en t’écrivant j’ai déjà dévié de mes notes où j’avais notamment jeté cela que je modifie maintenant, en essayant de tenir un peu compte de ce que je viens de modifier :





































Voilà !

Et rendu à ce point, ça mène où mon affaire, embringuée comme elle s’embringue ? Je n’en sais encore rien, mais sûrement pas à ce que tout le monde s’embrasse à la fin. Plutôt vers une prise de conscience en profondeur, marquée par l’amertume.


En tout cas, voilà ce que je peux t’en dire pour l’instant et j’étais un peu optimiste de penser avoir terminé ce topo à la fin de matinée.

Si ça te fait penser à une sorte de suite contemporaine de 1212, tu es du même avis que moi.


Remarque : Les choses évoluent. Des décisions vont se prendre rapidement. Qui l’emportera en France ? Les groupes pétroliers ou les opposants aux GDS ? S’il y a une interdiction définitive (dans la mesure où le mot définitif a un sens en politique), je suis évidemment de la revue. Je ne vais pas pleurer, mais il faudra que je cherche un autre sujet.


Jacques


  


J’imaginais une commune où un permis d’exploration venait d’être accordé. On y est hostile au forage. On s’est mobilisé. On craint l’utilisation de la fracture hydraulique. Mais les concertations menées au niveau national, les campagnes de presse qui prennent clairement position en faveur de l’exploitation des GDS, sèment le doute. Dans la commune, de plus en plus de personnes opposées se ravisent. La balance entre partisans et adversaires incline maintenant nettement en faveur des premiers qui croient aux avantages qu’on leur fait miroiter. Les opposants qui appellent à la méfiance ont beau ramer, leurs arguments sont moins écoutés et les positions se crispent.


Quand le camion foreur est annoncé, le système d’alerte se met en marche, mais avec des ratés. Certains qui faisaient partie du réseau de veille doutent et font défection. L’information circule moins vite et les bloqueurs se retrouvent en nombre insuffisant. Devant l’urgence, les consignes de sécurité ne sont pas respectées, l’obligation de non-violence passe à la trappe. Les choses se passent mal avec le conducteur du camion et l’escorte qui l’accompagnait. Un bloqueur veut forcer le barrage et se fait écraser. Sa mort jette la consternation et se retourne finalement contre les opposants aux GDS : l’entreprise de forage a beau jeu de rejeter la responsabilité sur les furieux, les compagnies pétrolières poussent leur avantage, les médias orchestrent l’émotion. Un boulevard s’ouvre devant les foreurs, d’autant plus que le premier forage d’exploration révèle des ressources importantes. L’exploitation est lancée et, grâce au drame qui continue de peser et empêche toute opposition de se développer, les puits se multiplient dans la région.

- Alors que les adultes ont renoncé à s’opposer, une fille (15-16 ans ; la fille du type qui s’est fait écraser ? Pourquoi pas.) prend le relais, réveille autour d’elle (sur quels arguments ?) et relance l’opposition. Les jeunes l’écoutent. Elle éveille quelque chose en eux et ils forment vite avec elle une sorte d’entité forte, marquée par une confiance inattaquable. Sous sa conduite, ils se rassemblent vers les chantiers de forage. Au début, opposition bon enfant, passive et non-violente, banderoles, slogans. Halte à la pollution, à la destruction de la terre. Les forces de l’ordre sont envoyées.


- Dans l’opposition des jeunes on trouve une remise en question de la boulimie énergétique qui conduit à rechercher de nouveaux gisements, moins accessibles, et dont l’exploitation met la vie en danger, l’appel à des comportements différents, à une autosuffisance, marquée par une certaine austérité. La jeune fille est à la fois vectrice et propagatrice de ces idées. Il existe déjà de petites communautés, économiquement viables et sous l’impulsion de la jeune fille, les jeunes se regroupent, franchissent le pas de la rupture. (Lulu m’a dit avoir rencontré des membres d’une de ces communautés, récemment, bien différents des éleveurs de chèvres soixante-huitards du Larzac. Je vais lui redemander les pistes).


- La protestation persiste. Pression des pétroliers pour réduire les fauteurs de troubles. Répression des manifs, dispersion, matraquages. Découverte de la brutalité et durcissement du mouvement. Tactiques de harcèlement (comment ? Je sais pas encore !) Les incidents se multiplient, arrestations.


- Les flics ne suffisent plus. Les exploitations sont protégées la nuit par des milices. Il devient évident que la jeune fille est l’âme de la contestation. Elle se déplace beaucoup. Il y aura sûrement un gars dans le coup, avec une histoire d’amour. Copain d’enfance ? Gars rencontré dans une manif ? Je ne sais pas. Mais histoire d’amour, obli-ga-toi-re-ment. Les deux se partagent le travail. Partout où ils passent, des foyers de contestation s’allument.


- Clandestinité. On les recherche, ils se protègent. Mise au point d’un système de communication codé (par les réseaux sociaux ? Permet la rapidité, mais à inventer. Ou hors réseau sociaux, calqué sur les méthodes de la Résistance. On ne compte que sur soi, on fait par ses propres moyens ; à définir aussi.)


- On parvient à capturer le garçon. Pression sur la fille.


- Harcèlement, incidents se multiplient. Une plaie qui ralentit le travail. Certains puits sont mis hors d’usage. ( Mais je sais pas comment. Rencontrer un ingénieur des mines ? un responsable de forage ? ( !!!???)


- Devant la persistance du mouvement (définir une thématique rigoureuse de l’opposition diffusée par les deux leaders), la sympathie des tout premiers protestataires, (les vieux), qui avaient renoncé, se ranime. Ils rejoignent la jeunesse. Des clivages apparaissent chez les élus d’un même camp politique.


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Un brouillon qui en dit long


Réponses à Suzanne

Suzanne a 13 ans. Elle est en 4è, au collège Raymond Queneau, à Paris, et fait partie du comité de rédaction du journal de son établissement. Un jour, elle a lu LA COLERE DES HERISSONS. Elle m’a écrit : « Votre livre m'a énormément touchée : c'était splendide ! »

Et elle a eu envie de savoir, de savoir, mais de savoir... comme une lectrice curieuse qui ne veut pas que le livre s’arrête et désire follement faire profiter les abonnés de son journal de son expérience. Alors, elle m’a posé des questions, et je lui ai répondu. Ben tiens !...

Non, pas du tout. D’une façon générale, je ne fréquente pas trop les familles « Iste » et « Isme ». Elles sont enfermées dans des systèmes de pensée, et je préfère m’en tenir à l’écart. Parfois leurs prises de bec me parviennent, et je me rends compte que nous ne sommes vraiment pas de la même farine. Je préfère rester indépendant, faire des choix que je tire de mes expériences, de mes observations personnelles, de mes déductions, de mes rêves. Demeurer aussi libre qu’il est possible de l’être. L’adhésion à une idéologie structurée, qu’elle soit politique, religieuse, sociale, environnementale, me confronte rapidement à des incompatibilités, à des désaccords profonds. Sans compter que les dirigeants de ces groupes n’ont souvent aucun scrupule à négliger les règles qu’ils recommandent aux autres. Ils mentent. Je ne peux pas leur faire confiance.

Tu as remarqué que Clémence et Louis, avec toute leur bande de joyeux lurons ne sont absolument pas politisés. Ils ont seulement une grande conscience de la vie, et de leur responsabilité pour la protéger, la transformer, la rendre harmonieuse. Conscience et responsabilité in-di-vi-du-elles ! On confond presque toujours individualisme et égoïsme. C’est irritant. L’individu est la première cellule de l’humanité. Un élément in-divisible ! Son point de départ. Chaque in-dividu est donc un commencement du monde, une promesse. Pourquoi serait-il fondamentalement suspect ? C’est ensuite que les choses se compliquent, en fonction de ce que chacun fait de sa liberté. A-t-il ou non conscience de sa responsabilité au sein de cet immense collectif qu’est l’humanité ? C’est cela qu’il vaut mieux considérer.

Êtes-vous écologiste ?

Est-ce-que LA COLÈRE DES HÉRISSONS est inspirée d'une histoire vraie ?

Oui ! Ou pour être plus juste, d’une situation qui aurait pu aboutir à une histoire semblable, si rien n’avait été fait pour la contrecarrer.

En effet, une autorisation de prospection avait été donnée par les autorités civiles (la préfète de mon département, qui avait pris sa décision en douce, en plein mois d’août, au moment où la plupart des gens concernés étaient en vacances) à une société pétrolière, pour sonder le sous-sol d’une commune voisine de la mienne. Un comité d’opposants à ce forage s’était créé, et je m’étais aussitôt senti très concerné. Mais je n’avais pas particulièrement envie de faire partie de ce groupe. Je préférais agir par mes propres moyens. C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’écrire un roman. Je rêvais d’y montrer que malgré la puissance de ceux qui se présentent partout avec des airs de conquérants, au risque de bouleverser la vie, de détruire la terre, il existe des volontés individuelles prêtes à s’organiser pour leur faire obstacle. Ce rêve, je l’ai vécu en écrivant une histoire d’amour.

La réalité l’a écrit d’une manière différente, et les foreurs ont finalement été repoussés. Les habitants de la commune concernée ont donc gagné cette bataille... qui n’est peut-être qu’un répit. Nul ne le sait, car rien ne dit que ceux qui ont été battus ne reviendront pas prendre leur revanche, un jour prochain, avec d’autres arguments, d’autres techniques d’exploration, ou en se prévalant de lois nouvelles. Rien n’est définitif. Les puissants sont vraiment très puissants. Ils ont les moyens d’entretenir un réseau d’amis qui peuvent créer des lois sur mesure pour les favoriser. Cela s’appelle le lobbying. Tu en as sans doute entendu parler.

Ah, voilà la terrible question du temps qui pointe son nez !

Je vais te faire plusieurs réponses.


Première réponse, (la plus facile) :

Parlons d’abord du temps qui sépare la première idée du dernier mot écrit. Ok ? C’est bien à ce temps-là que tu penses, n’est-ce pas ? Parce que, oui, il y en a un autre. Je t’expliquerai après.

J’ai eu connaissance de ce forage fin juillet 2012, et j’ai terminé d’écrire mon histoire le 19 mai 2013. C’est précis hein ? (Je note toujours les dates pour conserver des repères… en prévision des lectrices qui veulent tout savoir, par exemple !) Ensuite, il a fallu préparer l’édition du livre, relire, reprendre quelques passages, par ci par là, corriger, corriger encore, et encore un peu, parce que… : « Mais qu’est-ce que c’est que ce paragraphe mal ficelé ? Il n’y avait pas une manière plus simple de l’écrire ? À quoi tu pensais, ce jour-là ? Ah, mais c’est pas possible, ça ! », et concevoir la couverture dont le projet était déjà en route. Tout était bouclé début juillet 2013. Le livre a été imprimé au cours de l’été, pour sortir en octobre. Un sacré marathon, je t’assure ! Quand j’écrivais, je travaillais douze heures par jour, et parfois plus. (Fin de ma première réponse !)


Deuxième réponse (la moins facile) :

Quand j’ai décidé d’écrire un roman sur la question de l’exploitation des gaz de schiste, je cherchais depuis quelques semaines un sujet pour un nouveau projet. J’avais publié au printemps 2012 un roman intitulé : 1212, LA CROISADE DES INDIGNÉS.

C’est un roman, fondé sur un événement historique qui remonte au début du XIIIè siècle, en 1212 précisément, quand des enfants avaient décidé de partir délivrer Jérusalem par leurs propres moyens, car les rois et les nobles échouaient à reprendre les lieux Saints, et trahissaient leur parole.

J’étais donc dans cette atmosphère où des petits, déçus par les grands en qui tous avaient confiance, avaient tenté de leur montrer la voie. Non pas au moyen de discours, mais en agissant personnellement. Ils s’étaient donc groupés, et s’étaient lancés dans une tentative complètement folle, en courant des risques évidemment.

Tu vois la similitude avec nos Hérissons, n’est-ce pas ?


Alors dis-moi, lorsque j’écrivais ce livre-là, 1212, n’étais-je pas déjà en train de travailler sur le suivant dont je ne connaissais encore rien ? N’étais-je pas en train de préparer son terrain ?

Bien sûr que si, mais je ne m’en suis rendu compte qu’après. J’ai même pris l’habitude de dire que La Colère était la suite de 1212, et que Clémence et Louis, étaient les frères lointains d’Étienne et d’Emelotte, de Géraud et d’Agnès, les héros de ce roman.

Pour bien répondre à ta question sur le temps qu’il m’a fallu pour écrire la Colère, il faudrait donc que j’ajoute aussi celui pendant lequel j’ai écrit 1212. Ok ? Ce serait logique, non ? Sauf que là, les choses se compliquent rudement, car si j’ai pu travailler sur la Colère aussitôt que j’en ai eu l’idée, il n’en a pas été de même avec 1212. Je n’y suis pas arrivé aussi facilement. Il m’a fallu d’abord deux ou trois vaines tentatives, et cela m’a tenaillé pendant… 22 ans !


Conclusion ? Combien de temps ai-je mis pour écrire la Colère ? Tu peux ajouter 22 ans de plus, d’accord. Mais est-ce suffisant ? Réfléchis. Si tu admets que lorsque j’écris, ou que toi quand tu composes un devoir d’expression écrite, nous nous nourrissons du travail accompli auparavant, dans des livres ou des devoirs précédents, que devrait-on en déduire ? Jusqu’où faut-il remonter pour trouver le véritable commencement d’un travail que l’on débute aujourd’hui ?...

Tu comprends pourquoi j’ai parlé de la terrible question du temps ? (Fin de ma deuxième réponse.)

Combien de temps avez-vous mis à l'écrire ?

Est-ce-que c'est vous qui avez écrit les poèmes ?

J’ai écrit tout ce qui se trouve dans le livre, sauf… la musique de la chanson des Hérissons, qui est transcrite page 74. C’est un ami musicien qui l’a composée. Si tu sais lire la musique, tu peux la chanter. Si tu ne sais pas (comme  moi), tu peux l’écouter sur mon site. Un autre ami musicien la joue au saxophone.

Est-ce-que, en écrivant sur l'amour de Louis et Clémence, vous croyez au grand amour et vous donnez aux personnes qui le lisent l'envie d'y croire ?


Je crois que l’amour est une source d’énergie qui permet aux gens qui aiment, ou qui s’aiment, de se dépasser, de se transformer. On dit que l’amour donne des ailes. À quoi servent les ailes ? À  réaliser un des plus vieux rêves de l’homme : voler ! Et qu’est-ce que voler ? C’est prendre de l’altitude. Ainsi on domine mieux une situation.

Devant une difficulté qui nous paraît insurmontable, il est nécessaire pour en connaître la cause (seule façon de s’en débarrasser), de prendre de la hauteur. Lorsqu’on est perdu dans un labyrinthe de chemins et de carrefours, c’est en s’élevant qu’on trouve la sortie.

L’amour permet cela, grâce à son énergie de dépassement.


Je sais bien que ce n’est pas tout à fait l’idée que l’on se fait généralement du grand Amour, comme tu dis, celui qui alimente les histoires sentimentales et les romances. C’est une notion différente que les Grecs connaissaient bien. Pour eux, cet Amour avec un grand A était un de leurs dieux majeurs. Ils l’assimilaient à l’une des forces primordiales qui avaient façonné l’univers.

Dans leur manière de concevoir la création du monde, en effet, ils le classaient parmi les premiers grands êtres jaillis de l’Abîme (ils disaient aussi le Chaos). Cet être-là, né immédiatement après Gaïa (la Terre), portait un nom qui ne t’est pas inconnu : Éros ! Oui, ce mot a donné érotique, qui est un descendant très lointain et pâlichon de cette grande puissance.

Éros avait ébranlé l’Abîme, comme une déflagration, et grâce à l’impulsion qu’il avait donnée, étaient sortis les grands éléments qui ont élaboré l’univers.


Une loi, commune à de nombreuses traditions anciennes, prétend que l’homme est un cosmos en raccourci, un micro-cosme, et que tout ce qui existe dans le grand univers est également présent dans le petit. Nous !

Alors, pense à toi, maintenant.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi, quelque part dans ton cœur, une sorte de mini chaos ? Un lieu désordonné, un vrai fouillis, obscur comme un gouffre d’où jaillissent tes idées, tes projets, que tu ne peux élaborer qu’en y mettant du tien, avec de la force, de la volonté, de l’acharnement. Réfléchis ! As-tu déjà éprouvé cela ? Cette force d’éveil qui te rend capable de déplacer des montagnes ? Oui ? C’est lui ton mini Éros personnel, le grand Amour. C’est cette énergie puissante qui t’aide à franchir les obstacles, à résoudre, à t’imposer. Une sorte de micro pile atomique invisible, dissimulée dans nos cœurs, qui nous donne du courage, nous permet de relever les défis, et nous aide à nous élever comme si nous avions des ailes !

 

Les personnages de mes histoires sont souvent engagés dans des luttes, et c’est pour cette raison que l’amour y est si fréquent. Un amour partagé, parce qu’en se partageant, l’amour se répand. Et puis quand deux personnes s’aiment, que leurs deux piles atomiques pulsent, rends-toi compte à quel point cette énergie vitale est démultipliée ! Mes amoureux comme Clémence et Louis sont de vrais lions !


herissons-JAGATO.mp3

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ?

Rimbaud, Verlaine et Baudelaire. J’avais seize ans. On les classait dans les poètes maudits. Je les admirais. Grâce à eux, je me suis décidé à oser écrire des poèmes. Mes premiers. Je ne pensais pas écrire un jour des livres, bien sûr que non. Je n’en rêvais même pas. À cette époque, mon rêve c’était le théâtre. Je voulais devenir comédien. Au fil des années, d’autres auteurs ont pris le relais des trois maudits, et m’ont stimulé par leurs livres. Je les enviais, j’essayais de les imiter.

Un jour, imiter ne nous suffit plus. On écoute parler son cœur, et on s’élance. On ne sait pas jusqu’où les vents nous emporteront, mais on s’élance quand même. Tout le monde a cette possibilité, et il n’y a pas d’âge pour cela.

Dire l’amour

L’inspiration

Ecoutez la Chanson des Hérissons :

Ecoutez  2 extraits du livre, lus par l'auteur  :

saxophone et guitare : Jacques Gâteau