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Maj le 05/08/2017

Ce bandeau est un montage de plusieurs céramiques du sculpteur Australien, Neil Dalrymple.

Réponse à un(e) ignorant(e)

Début décembre 2011, le site Lecture Academy relayait ma dernière mise en ligne, de la manière suivante :

Le premier roi du monde – l’épopée de Gilgamesh lu par son auteur, Jacques Cassabois !

Avez-vous déjà entendu parler du livre de Jacques Cassabois, Le premier roi du monde – L’épopée de Gilgamesh ?

Suivait une brève présentation de mon livre qui se terminait par :  « Dites-nous ce que vous en pensez ! »

Un familier du site, ou une familière, (quand les gens parlent masqués, allez savoir à qui vous avez à faire ?), a répondu ceci :




 



 



SELEN le 02/12/2011

Bonjour,

Affirmer que l’épopée de Gilgamesh est l’œuvre de Jacques Cassabois est pour le moins osé ! Il n’a inventé ni les personnages, ni la ville d’Uruk, ni les épreuves affrontées par ce célèbre (si, si !) héros de la mythologie mésopotamienne. Il s’agit en réalité du plus vieux récit écrit du monde, rédigé dans la langue sumérienne (écriture cunéiforme sur tablettes d’argile) environ 3000 ans avant JC !!! Un peu comme si je me targuais d’avoir écrit les manuscrits de la Mer Morte…


Lorsque j’allais dans les classes, les enseignants se plaisaient à souligner comme une qualité mirobolante le fait que j’étais vivant et que leurs élèves avaient la chance de rencontrer un écrivain en chair et en os. Comme je bénéficie toujours (mais provisoirement, je ne me fais pas d’illusion) de cette qualité, j’en ai donc fait usage pour réagir à l’opinion mâtinée d’ironie et de fatuité que l’on m’adressait.




 



 



Réponse à un(e) ignorant(e)



Chère madame, ou mademoiselle, ou cher monsieur,  (pardonnez cette approximation ; l’ombre dans laquelle vous vous dissimulez m’empêche de bien distinguer vos traits)


Vous auriez dû prendre le temps de  lire soigneusement l’information que vous raillez ; cela vous aurait évité de prendre à partie mon éditeur. Mais comme il est si patent que c’est moi, qu’à travers lui, votre fatuité cherche à atteindre, je m’octroie donc le privilège de vous répondre.


Où voyez-vous affirmé que « l’Épopée de Gilgamesh est mon œuvre » ? Pour ma part, je lis ces mots, on ne peut plus clairs : « Avez-vous déjà entendu parler du livre de Jacques Cassabois, le Premier roi du monde - l’Épopée de Gilgamesh ? »

Cet ouvrage-là est bien mon livre, ne vous en déplaise. Cette vérité n’est contestée que par les gens de mauvaise foi. J’ai mis dix ans à l’écrire et, pour parvenir enfin à cette version pour la jeunesse, j’ai dû commencer par une version pour adultes, intitulée Le roman de Gilgamesh, publiée en 1998, chez Albin Michel et constamment réimprimée depuis.

Ce roman a été préfacé par Jean Bottéro qui avait relu mon manuscrit. Monsieur Bottéro, pour votre information, était directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, spécialiste des religions de l’Orient ancien et un assyriologue de renommée internationale. Accessoirement, il était le traducteur en français d’une infinité de mythes mésopotamiens, parmi lesquels la fameuse Épopée de Gilgamesh.

Jamais monsieur Bottéro, au cours de nos rencontres, comme dans les nombreux courriers que nous avons échangés, n’a émis la moindre réserve sur l’authenticité et l’originalité de mon travail. Bien au contraire, il ouvrait sa préface par cette affirmation : « Ce qui m’a séduit d’entrée dans le présent ouvrage, c’est l’émotion », poursuivant par cet avis sur mon choix d’écriture : « c’était à mon sens un choix intelligent et heureux que prime sur le mot à mot le plus savant et le plus assuré, le bouleversement de découvrir tout à coup sa propre image sur le miroir qui nous est ici tendu », achevant sa présentation par ces mots : « L’auteur, à sa façon, a réussi à ranimer la vie, l’éclat et l’enthousiasme de cette Épopée vénérable ».


L’intégralité de cette préface est lisible sur mon site.


J’ajoute que certains des amis et anciens élèves de monsieur Bottéro, à qui j’avais proposé d’envoyer mon livre, m’ont tous répondu sur le même registre. Je cite entre autres, le père Claude Geffré, alors directeur de l’École Biblique et Archéologique de Jérusalem ; le professeur Georges Kellens, de l’Université de Liège ; le père Jesus Garcia Recio, directeur de l’Institut Biblique de Léon et le professeur Jorge Silva Castillo, du Collegio de Mexico, auteur d’une traduction espagnole de l’Épopée, dont il m’avait offert par retour un exemplaire. N’importe quel moteur de recherche vous renseignera sur les biographies de ces personnes éminentes.

Je n’avais jamais évoqué ces soutiens jusqu’à ce jour, me sentant bien humble comparé à ces grands savants. Votre immodestie m’incite à le faire.


Tous ces maîtres différent de vous par deux aspects, au moins :

1 — Ils avaient tous lu mon livre. Pas vous ! Si vous l’aviez fait, vous vous seriez abstenu(e) de professer vos certitudes.

2 — Ils savaient de quoi ils parlaient, ce qui est loin d’être votre cas !


Les quelques lignes que vous avez commises révèlent en effet une grossière erreur qui prouve votre ignorance du sujet et, si le vernis que vous affichez pourrait, à la rigueur, vous permettre de briller dans un jeu télévisé, il ne peut en aucun cas vous autoriser à administrer des leçons sur Gilgamesh.

Je m’explique.

Parlant de l’Épopée, vous affirmez : « Il s’agit du plus vieux récit écrit du monde (merci du renseignement), rédigé dans la langue sumérienne. » FAUX !

Pour éviter ce pas de clerc, il vous aurait seulement suffi de jeter un regard à la couverture du livre de Jean Bottéro (mais le connaissez-vous ?) intitulé : L’Épopée de Gilgamesh, le grand homme qui ne voulait pas mourir  (Gallimard, collection L’aube des peuples, 1992), car l’avertissement, qui suit le titre,  nous apprend cela : traduit de l’akkadien et présenté par Jean Bottéro.

Sumérien, akkadien, quelle différence m’objecterez-vous ? Ce sont toutes deux de vieilles langues mortes et enterrées qui n’intéressent plus guère le monde, à l’heure où notre pauvre français, encore défendu par quelques spadassins au nombre desquels je m’honore de compter, ne va pas tarder de succomber sous les assauts de l’anglais véhiculaire.

Votre curiosité, piquée au vif, vous aurait alors incité(e) à pousser la porte de la préface, et vous auriez découvert, page 19, que la langue sumérienne « est aussi loin de l’akkadien que le chinois peut l’être du français », et, encore un peu plus loin (mais faut-il y parvenir ?), page 35, que sumérien et akkadien ont longtemps cohabité, que le premier était « en usage savant, liturgique et littéraire » et que le second « régnait dans l’administration, la basoche et le parler courant ».

Le sumérien avait en quelque sorte le statut que notre latin a conservé jusqu’à la Renaissance et l’akkadien celui de notre langue romane. L’akkadien, ce parler courant dans lequel l’Épopée a été façonnée, lui a donc permis d’être colportée auprès du plus grand nombre, bien au-delà des frontières de la Mésopotamie, surtout pendant la seconde moitié du deuxième millénaire avant notre ère et le début du premier, quand elle avait revêtu sa forme définitive dite Version ninivite (ou encore Version classique), par référence aux tablettes découvertes dans la célèbre bibliothèque du palais d’Assurbanipal à Ninive (VIIè siècle avant notre ère), que les incendies ravageurs de sa destruction avaient miraculeusement sauvegardées en les… cuisant. Les massacres auraient-ils parfois du bon ?...


Pensant être utile aux lecteurs de mon Roman de Gilgamesh curieux de connaître les fluctuations complexes de cette légende au cours des siècles de son élaboration, j’ai rédigé, d’après les données de monsieur Bottéro et sous son égide, un modeste mémo, publié en postface de l’édition d’Albin Michel et reproduit sur mon site.


Percevant une vague aspiration à la culture, mêlée d’une revendication de précision, derrière votre admonestation autoritaire, je ne saurais trop vous conseiller de prendre connaissance de ces documents, puis, une fois en chemin, de lire la magistrale traduction-Bottéro de l’Épopée, et profitant de votre lancée, de terminer par mes deux œuvres que vous méconnaissez totalement.

Enfin, et pour votre plus grand bien, vous pourriez confronter aux miennes, vos conceptions certainement doctes, sur la récriture des textes fondateurs. Vous y apprendrez par la même occasion ce qu’est réellement un auteur (auguste, s’il en est…) ; une petite connaissance du latin que vous possédez sans doute est nécessaire, mais force m’est de constater que ce mot vous a fait trébucher lourdement. Alors…

Voici le lien.


Après mes versions de Sindbad le marin, Gilgamesh, Tristan et Iseut, Antigone pour ne citer que ces œuvres, je m’y autorise à parler d’expérience, acquise par travail et persévérance, et non par caquetage de dilettante.

Hélas, vous partez de loin et je crains que cela ne vous fasse beaucoup à rattraper ! Mais après tout, je vous lance la corde, à vous de vous hisser !...


Je n’ai pas pour habitude de répondre aux objurgations de mes lecteurs, comme de mes non lecteurs. Chacun est libre de ses préférences et je me sais trop particulier pour plaire à tout le monde. Mais si je sors de ma réserve aujourd’hui, c’est qu’à trop laisser poules et coqs battre des ailes impunément, on les laisse se figurer être des aigles.


Je vous souhaite le bonjour.


Jacques Cassabois