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Maj le 30/04/2017

Dire l’amour


Tel est l'intitulé d'une directive du programme de français des classes de 4è. Les élèves de deux classes du collège Saint-Charles à Arles se sont appuyés sur la lecture de LA COLÈRE DES HÉRISSONS pour nourrir leur réflexion qui a provoqué d'autres questions.


Les médias tenant par ailleurs une place importante dans mon roman, les animations de la Semaine de la presse se sont insérées tout naturellement dans leur travail.

Alors, ne traînons pas les amis, aimons, et transformons la parcelle de monde qu'il nous est possible de changer ! Laquelle choisir ? J'en entends parmi vous qui sont impatients de s'y mettre ! C'est très simple, commençons par le commencement, nous-mêmes ! Et puisque nous pensons que notre capacité d'aimer est le moteur du changement, mettons nos moteurs en état, passons-les à la révision, voyons comment ils carburent, afin de leur éviter les ratés et les pannes... d'amour.

Non, non, non, je ne vous dis pas que pour commencer à agir sur le monde, il faut que chacun se choisisse d'abord un partenaire dont il tombe amoureux ! Pas du tout. Celui qu'il s'agit d'aimer pour l'instant, c'est vous, cette part majestueuse de vous qui est la source de votre élan et de votre enthousiasme. Si en plus vous tombez amoureux, tant mieux, mais commencez d'abord par vous. C'est votre feu intérieur, votre lumière de vie qui charbonne, et qu'il faut nettoyer pour la rendre performante. Comment ? En agissant sur ce qui la noircit et que j'ai mentionné plus haut : égoïsme, arrogance, pouvoir, gloire, profit, domination... À l'échelle des Nations, du monde entier, ce sont ces valeurs-là, cette sinistre bande de malfaiteurs qui créé les guerres, les massacres, les tortures et toutes les cruautés que nous connaissons. Le vainqueur impose aux vaincus son mode de vie, ses croyances, ses dieux, et avec son idéologie les produits de son économie. C'est par ce biais qu'il s'enrichit et qu'il domine. Où est passé l'amour ?


La clé de tout changement extérieur est à l'intérieur de nous, dans nos cœurs, et la vie quotidienne, par les situations qu'elle nous fait rencontrer chaque jour, nous offre mille occasions d'entreprendre notre grand nettoyage.  

Aimer, c'est un mouvement vers les autres, un partage, une acceptation de ce qu'ils sont. Parfois nos cœurs grincent, grognent, refusent tel ou telle, et ces grincements, ces refus nous renseignement sur nos capacités à aimer, sur l'état de santé de nos réserves d'amour.

Qui n'a jamais eu de difficulté à accepter un camarade qui l'horripile ? Accepter réclame une ouverture, une compréhension. Parfois, nous sommes totalement fermés, obstinés dans nos caprices, nos jalousies.

Est-ce qu'il ne s'agit pas là d'une bagarre que nous menons contre nous ? Est-ce que nous sortons toujours vainqueurs de ces confrontations ? Pas systématiquement, mais cela arrive, heureusement.  Petites victoires.

Quand les griffes se rétractent, quand les sourires reviennent, quand les mains s'ouvrent, c'est alors que l'amour commence.

Croyez-vous que l'amour peut changer le monde ?

Oui, je crois que l'amour peut changer le monde, mais il en faut beaucoup. Et comme un seul être ne suffit pas à produire la quantité nécessaire, il faudrait donc que beaucoup d'humains choisissent la voie de l'amour et se rassemblent pour agir efficacement.


Mais dans l'attente d'une action radicale qui mettent nos sociétés définitivement à l'abri, essayons de changer au moins une partie du monde, un fragment à notre portée, comme le font Clémence et Louis. Ce ne serait déjà pas si mal et, forts de notre expérience, après avoir changé les conditions de vie dans un petit périmètre, rien ne nous empêcherait d'en repousser les limites. Vous ne croyez pas ?


Pour l'instant, hélas, depuis que les hommes peuplent notre planète, l'amour à toujours été concurrencé par son contraire, une énergie sombre composée d'égoïsme, d'arrogance, de conquête du pouvoir, de goût du profit, de volonté de domination et de gloire qui s'inscrit toujours sur le sang et le malheur des carnages.

Où est passé l'amour ? " Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers "

Pour illustrer la relation étroite qui unissait l'individu au monde, les Grecs disaient : Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers. Une façon d'affirmer que chaque être vivant est une parcelle solidaire de l'univers, et que si nous parvenons à nous contrôler, nous apporterons une contribution efficace à l'équilibre du monde. Chacun n'est pas conscient d'être un maillon. Certains s'en moquent, d'autres ferment les yeux. Clémence et Louis, eux, ne ferment pas les yeux. Leur amour d'amoureux est le prolongement de leur amour de la vie, de leur respect de la Terre. Il joue un rôle de catalyseur, stimule leur détermination, les incite à provoquer la même prise de conscience chez leurs amis. Leur amour, qui est la source de leur engagement, rassemble et créé un lien entre tous. C'est pour cette raison que chaque fois qu'ils prennent des décisions importantes, ils se serrent les uns contre les autres, forment un cercle qui symbolise leur alliance et fait circuler l'énergie entre eux. Ils sont ainsi infiniment plus forts, et s'ils ne changent pas le grand monde, leur action à l'intérieur du petit monde de leur commune est assez efficace pour faire reculer les foreurs.

Évidemment, après avoir bien travaillé dans notre lopin, on ne peut pas s'empêcher de penser au boulot qui nous attend encore dès que l'on se met à considérer le reste du monde, n'est-ce pas ? Et c'est alors que le découragement nous saisit, inévitablement. Pffff ! Les bras nous en tombent, et on n'a pas le courage de les ramasser ! " A quoi bon ? " s'écrie-t-on généralement.

Se pose en effet la question du rapport de forces entre, d'un côté, les énergies d'amour, et de l'autre, les énergies de haine, appelons-les par leur nom ! Et c'est cela qui nous fauche comme un foin mûr !

Pour vous donner courage, sachez que certains pensent que la victoire n'est pas décernée à la majorité des combattants, petits soldats d'amour contre grands guerriers harnachés de violence. En effet, pensent-ils, l'énergie aimante est tellement puissante qu'une minorité résolue peut faire vaciller le côté obscur de la force, et faire basculer le monde sur son versant lumineux !

À l'évidence, cette minorité n'a pas encore atteint la masse critique nécessaire au changement, et, chacun dans son microcosme, avons encore bien des efforts à fournir. Ne croyez-vous pas ? Mais qu'est-ce que ça nous coûte d'essayer ?

Est-il difficile d'écrire une histoire d'amour adolescente ?

Je n'ai pas écrit une histoire d'amour adolescente, mais une histoire d'amour vécue par deux adolescents, qui s'engagent contre une décision qui les révolte et risque de… bouleverser leur vie.

L'amour qu'ils se portent est le carburant de leur action. Je crois que je ne peux pas écrire une histoire sans parler d'amour. LA COLÈRE DES HÉRISSONS est la suite d'un autre de mes romans intitulé : 1212, LA CROISADE DES INDIGNÉS. Ce n'est pas une suite au sens où on l'entend habituellement, car les personnages sont différents, l'époque aussi (le Moyen-âge), et le sujet également (délivrer les lieux saints à Jérusalem). Mais les deux couples de jeunes qui mènent cette croisade s'aiment, et leur amour soutient leur détermination et leur volonté.

L'amour est toujours facile ou difficile à exprimer dans les romans ?

Rien n'est jamais facile quand on veut exprimer avec précision et finesse, des sentiments puissants. Cela demande de faire remonter en nous nos expériences intimes, proches des situations que l'on veut décrire. Revivre ces instants, se laisser happer par d'anciennes émotions que l'on a réveillées, c'est tout le contraire de la facilité, qui ne mène nulle part et ne produit que des satisfactions banales et éphémères.

La facilité ne fera jamais étinceler le diamant que vous portez en vous. Fuyez-la.

Pourquoi une histoire d'amour au milieu de la militance écologique ?

Oui, en effet, drôle d'idée, n'est-ce pas ? La "militance écologique", comme vous dites, pas plus que les autres formes de militances, ne nous ont habitués à utiliser l'amour comme source d'énergie (garantie non polluante pourtant) pour faire avancer une idée ou favoriser des prises de conscience. Dommage ! Mais si ces militances lisaient mon livre, cela leur donnerait peut-être des idées ?

Allez, je m'amuse et je ne vous réponds pas vraiment.

Pourquoi mêler l'amour à la militance ? Parce que l'amour est l'essentiel. Toute action qui n'est pas inspirée par l'amour est vouée à se corrompre. Elle restera sans effet sur l'évolution de l'humanité et sera impuissante à la mettre à l'abri des dangers qui la guettent.

Quelles sont vos origines et quel lien avec vos livres ?

Je suis originaire du Jura. Mon père était ouvrier dans une scierie et paysan, et ma mère femme de ménage et paysanne. J'ai vécu dans un milieu très modeste, sans salle de bains, et avec l'eau chaude dans la bouilloire qui était en permanence sur le fourneau. À côté de l'habitation des hommes se trouvait celle des bêtes, l'écurie, dont l'odeur se glissait partout, dans les murs, dans les armoires à linge, et dans le village qui comptait 40 habitants. Autant vous dire que j'enviais les citadins. Mais aujourd'hui, je regarde ces années comme une bénédiction, car elles m'ont donné le goût de la nature, de la vie qui foisonne, qui introduit les humains dans son cycle de transformations, et leur murmure à chaque instant qu'ils sont frères du soleil et du vent, frères des arbres et des rivières, des pierres du chemin et de la poussière. C'est comme un appel, et ces voix que je négligeais, que je fuyais même quand j'étais jeune, me parviennent à pleine puissance aujourd'hui, me ramenant une fraîcheur qui n'a pas vieilli, une couleur qui ne s'est pas fanée. Quand j'écris, je reviens sans cesse puiser dans ces années d'enfance, comme dans une eau régénérante.

Pourquoi avez vous voulu exercer ce métier ?

Je n'ai jamais voulu exercer cette activité comme un métier. C'est d'ailleurs un métier particulier qui ne vous permet pas, dans l'immense majorité des cas, de gagner votre vie. Donc il vaut mieux que vous exerciez une profession qui vous permette de vivre.

Les choses se sont déroulées autrement. Peu à peu, parce que j'aimais écrire, j'ai écrit des textes que j'ai cherché à publier. J'ai fini par y arriver (avec du temps, des difficultés, du découragement bien sûr, on ne peut pas y échapper). Un premier livre est sorti, puis un autre. Cela m'a donné  envie de persévérer dans cette activité, qui s'est développée pour qu'on finisse par me dire que, comme j'écrivais des livres, j'étais un écrivain. Vous comprenez ? Mais je n'ai jamais vu les choses ainsi, et j'ai toujours du mal à me considérer comme un écrivain. Chaque fois que ce mot me vient à l'esprit, je pense à tous les grands écrivains qui m'ont donné envie d'écrire, et j'ai l'impression qu'il me regardent en me disant : " Écrivain, toi ? Hé, petit, encore un effort ! "

Faites-vous des plans avant de commencer à écrire les romans ?

Des plans détaillés, avec une progression organisée qui déroulerait le récit de sorte qu'ensuite, il n'y aurait plus qu'à l'écrire ? Non, jamais. Je ne travaille pas ainsi. J'ai des idées en gros, qui fixent certains temps forts obligatoires, un peu comme des points de repère, et je rédige des notes pour préciser mes pensées en les développant pour commencer à préciser ces temps forts. Cela me sert de guide. Mais rien ne dit que ces scènes se retrouveront dans le roman terminé, ou racontées comme je les entrevois, pour une bonne raison : en cours d'écriture le récit évolue, les idées changent, des personnages apparaissent, imprévus au départ, qui obligent à transformer l'action.

Par exemple, dans LA COLÈRE, je pensais qu'il y aurait une distribution de tracts sur le marché, qu'à un certain moment mes personnages bloqueraient les camions vibreurs, et je me documentais sur la manière de procéder. Je n'étais pas sûr de leur faire immobiliser un train, et quand j'ai vu que je pouvais écrire cet épisode, parce que j'avais réuni la documentation nécessaire, il a bien fallu que j'organise les conséquences de cette action (intervention de la police, garde à vue, tribunal...)

De la même manière, quand j'ai commencé à réfléchir et à me documenter, je ne prévoyais pas que Clémence et Louis seraient victimes d'une tentative d'assassinat.

Est-ce que la colère des Hérissons a été inspirée de faits réels ?

Oui, et parce que la réalité était la source de mon travail, je me suis obligé à en tenir compte le plus possible, afin de donner l'impression que mon histoire aurait pu se dérouler comme je la racontais. Je suis donc allé interviewer quantité de personnes dont le métier avait un rapport avec mon sujet : avocat, policier, chef de gare, conducteur de train, agriculteur, médecin, infirmière, homme politique, responsable d'autoroute, militants écologistes…

N'ayant jamais bloqué aucun train, il fallait qu'un cheminot m'explique les répercussions sur le trafic ferroviaire de l'immobilisation d'un train dans une gare. Vous ne pouvez pas  l'inventer si on ne vous l'explique pas, et si vous voulez être vraisemblable, vous devez connaître cette réalité-là. De la même manière, n'ayant jamais été arrêté par la police, ni placé en garde à vue, j'avais besoin qu'un policier me dise comment cela se déroulait, notamment quand des mineurs étaient impliqués. Comment les interrogatoires étaient conduits, comment se passait la nuit en cellule, la nourriture, les toilettes, etc. Je suis aussi allé assister à des audiences d'un tribunal de Grande instance, pour adultes donc, car les audiences pour les mineurs se tiennent à huis-clos. Mais j'avais des éléments sur la façon dont se déroulaient les débats, qui ne ressemblent pas exactement à ce que montre un téléfilm. Une fiction adapte obligatoirement la réalité, comme je l'ai fait moi-même. Mais je voulais recueillir mes infos à la source. J'ai même vu, fait exceptionnellement rare, un procureur mettre en cause le président du Tribunal, au point de quitter l'audience, qui a dû être suspendue. L'ami avocat qui m'avait accompagné n'avait jamais vu cela de sa carrière et n'en revenait pas.

Pourquoi le titre " La colère des hérissons " ?

Alors que je commençais à me documenter pour écrire ce livre, j'ai participé à une manifestation de protestation organisée par des militants anti gaz de schiste (cela faisait aussi partie de ma documentation). Dans cette manif se trouvaient deux jeunes d'une quinzaine d'années (frère et sœur), qui avaient amené avec un eux deux furets parfaitement domestiqués. Leurs animaux étaient équipés à la taille d'un anneau en fil de fer portant un petit fanion de papier sur lequel était écrit : " Amicale des furets en colère ". Ils faisaient du porte à porte dans leur village, en présentant leurs furets, pour alerter les gens sur la destruction du biotope des rongeurs en général, et des furets en particuliers, provoquée par les forages, et montrer comment cette destruction impactait aussi le biotope des hommes. J'ai trouvé que ces deux jeunes n'avaient pas froid aux yeux. Ils m'ont beaucoup plu, et le couple frère-sœur qu'ils formaient m'a vraisemblablement influencé pour me diriger vers le couple Clémence-Louis. Quant aux furets, je les ai changés en hérissons, qui sont des animaux plus connus et qui pâtissent eux aussi du développement de l'industrialisation

Est-ce que vos personnages ont été inspirés de personnes réelles ?

Je voulais créer des personnages solides, mûrs (les deux jeunes avec leurs furets en sont un exemple), et pas des ados capricieux, centrés sur eux-mêmes, sans cesse en conflit avec les adultes. La télé nous fournit ce genre de têtes à claques à longueur de téléfilms, et ils ne m'intéressent pas. Je ne voulais pas des ramollos obèses de leurs désirs et tout gonflés de leurs droits, mais des jeunes conscients du monde et responsables. Il en existe bien plus qu'on ne croit ! J'en vois dans le village où j'habite, et parfois une figure arrive à percer dans les médias. Malala Yousafzai, par exemple, jeune Pakistanaise, avait 17 ans en 2013, quand elle a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir organisé un programme d'éducation pour les filles dans son pays. Les Talibans, qui interdisaient que les femmes soient instruites, ont cherché à l'assassiner. Je pensais aussi à ces jeunes de 16 ans, 17 ans, qui en en 1940 se sont engagés dans la Résistance.

Aujourd'hui comme hier, des jeunes gens et des jeunes filles, confrontés à des situations fortes,  sont capables d'y faire face avec détermination, et de prendre des initiatives créatrices, généreuses, qui sidèrent leur entourage. Il n'y pas d'âge pour le courage.

Je voulais créer des personnages qui avaient de l'envergure, les rendre vrais, attachants, et doués de qualités juste au-dessus de la moyenne, pour qu'ils surprennent, interpellent, donnent envie de se hisser jusqu'à eux.

 

Est-ce que ce n'est pas le rôle d'un livre de secouer les lecteurs, de les renvoyer à leurs propres qualités ? Je ne cherche évidemment pas à métamorphoser en militants les lecteurs de mes livres, j'espère juste les éveiller, et pourquoi pas, les révéler à eux-mêmes.

Êtes-vous un des personnages de votre roman ?

Pas seulement un, mais tous, plus ou moins. Je me mets à  leur place, j'écris à haute voix, j'imite leurs accents s'ils en ont, je ris, je crie, je pleure, j'ai peur, je suis en prison avec eux, au tribunal... Je ressens ce qu'ils ressentent, je vibre et je tremble, pour être capable de le rapporter par écrit, avec précision, afin de le transmettre aux lecteurs, qui, à leur tour, ressentiront ces émotions comme s'ils étaient eux-mêmes des personnages de l'histoire.

Pourquoi être écrivain de nos jours?

Oh la belle question !

Vous savez, quand les ordinateurs ont commencé à se développer, que les SMS sont apparus, certains disaient que cela allait nuire à l'écriture, la tuer peut-être, comme si les machines, de plus en plus perfectionnées, allaient faire ce travail à notre place. Et que s'est-il passé ? Tout le contraire ! En facilitant la communication, l'écriture s'est considérablement développée, donnant la priorité à la rapidité, à l'instantané, aussi bien dans la transmission des messages, que dans leur élaboration.

Est-ce à dire que tout le monde est devenu écrivain pour autant ? Que votre question en fait ne se pose même plus ? Certainement pas, car cet afflux d'écriture écri-vaine n'a fait que renforcer l'exigence et la nécessité de l'écriture écri-vante, voire écri-vivante !"


Alors, à quoi bon être écrivain aujourd'hui ? Ça sert encore à quelque chose ? Oui, plus que jamais ! Parce que l'écriture des écrivains est une écriture qui prend son temps, qui réfléchit, qui pense, qui explore les profondeurs des êtres, des sentiments, travaille les nuances, se glisse dans l'ombre des personnalités, met en lumière l'obscurité des âmes, et tend, grâce à ses livres, à chaque lecteur, un miroir où il peut se reconnaître, s'aimer, se comprendre.


Toute cette élaboration minutieuse de l'écriture écri-vante s'oppose justement à la rapidité de la communication instantanée, où l'on ne fait que dire ce que l'on sait, avec les mots qui viennent, toujours les mêmes, car on n'a pas le temps de les chercher. Malheur à celui dont le vocabulaire n'est pas très développé, car il puise dans un potentiel réduit, insuffisant pour exprimer les nuances, et peu à peu, ce sont ses idées qui se rétrécissent, et également sa manière de penser, d'imaginer, de concevoir. On finit, à cause de la vitesse, par penser comme tout le monde, à perdre toute originalité. L'originalité n'est pas se distinguer en faisant le pitre, mais manifester ce qui n'est qu'à nous, ce qui fonde notre origine.


La première qualité d'un écrivain, c'est d'écrire ce qu'il ne sait pas, de le chercher par le travail, dans le silence, en prenant du temps. Ce qu'il ignore est en lui, comme un trésor enfoui qui rêve d'être découvert. L'essentiel de ce qu'il a à dire, ce qui constitue la personnalité intime de ses pensées est en lui, et cela  ne peut se formuler qu'après avoir cherché.


Les écrivains, je crois, nous invitent à aller à la rencontre de nos intimités, à les aimer, à découvrir la part de nous-mêmes qui fait battre nos cœurs, celle qui nous donne confiance en nous et nous rend respectables à nos propres yeux.

Ne croyez-vous pas que cette seule raison suffise déjà à justifier l'utilité des écrivains ?