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Maj le 05/08/2017

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Sindbad dans un CM2

L'opinion de Benjamin

Extrait Editions Livre de Poche, 2008 Illustrations de Mayalen Goust

Extrait

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L’instit était formidable. Je m’en suis rendu compte à la première question des enfants.


Existe-t-il une raison pour que Sindbad et Hindbad portent presque le même nom ?


Là, j’ai su immédiatement que j’étais en terrain ultra préparé. Et aussitôt, j’ai eu un peu les foies. Tu sais, la peur de gagner, qui attrape les sportifs, parfois. Comme s’ils disaient : « Je suis arrivé en finale, c’est déjà bien assez. Pas la peine de remporter le tournoi. » Là, c’était pareil. Je sentais que le boulot était bouclé et qu’on n’avait pas besoin de moi. « Allez, salut ! je rentre chez moi. Vaut mieux en rester là, on risque de tout esquinter. » J’étais reçu par un aristocrate de la pédagogie. S’agissait pas que je me loupe.


Oui, il existe une raison, j’ai répondu direct, en prenant le taureau par les cornes. Cela ne vous a pas échappé. Compliment. Une raison tellement importante, qu’elle justifie toute l’histoire.


Et me voilà parti à expliquer, comme d’habitude, en leur posant mes questions improvisées. Je les ramène au début de l’histoire, quand Sindbad a entrepris son premier périple.


Souvenez-vous, dans quel état d’esprit était-il ?


Et là, ça démarre sur les chapeaux de roues :


Il était désespéré. Pourquoi ? Il n’avait plus rien. Pourquoi ? Il était riche et il avait tout dépensé. Et d’où venait sa richesse. Il l’avait gagnée ? Non, c’était l’héritage de ses parents. Où vit-il ? A Bagdad. Où s’en va-t-il ? Au loin.


Bon, voilà le pas de tir nettoyé. Le lancement s’annonce bien.


Et Hindbad ? je demande. Son état d’esprit à lui ?


— Il est désespéré, il est pauvre, il n’a rien. Il est jaloux, aussi, précise un autre gamin. Où vit-il ? A Bagdad. Où s’en va-t-il ? Nulle part, il reste à Bagdad. Content ? Non, en colère parce qu’il est pauvre et que Sindbad est riche.


De là, nous sortons le point commun entre les deux : la pauvreté ; puis la différence : l’un accepte de risquer sa vie, l’autre non. Voilà déjà de quoi expliquer les deux noms. Ensuite, tout s’enchaîne.


Sept voyages, sept naufrages, sept étapes. Sindbad manque à chaque fois de mourir, mais il ressort enrichi. Et je précise cette première évidence : dans les contes, les richesses matérielles symbolisent des richesses intérieures. Celles-ci découlent de l’effort fourni par le héros pour surmonter ses épreuves. Il suffit d’y penser dès les premières lignes de n’importe quel conte, pour le lire comme un authentique récit de vie, moulé dans une forme qui lui a fait traverser les siècles, et pas comme une histoire à dormir debout. Les trésors de Sindbad sont donc des trésors de connaissance humaine. Deuxième évidence coulée dans le bronze.


Bon, c’est bien joli, richesse humaine, mais laquelle?


Là, les choses se corsent un peu. On doit entrer dans le détail de chaque voyage, si l’on veut découvrir (c’est facile avec de vrais lecteurs) que l’humain en question n’est autre que Sindbad. Pour que les gosses en prennent conscience, je suis le cours de mon propre étonnement, quand j’écrivais ce livre.


Réfléchissez bien aux sept voyages, je dis. (Auparavant, on a parlé de leur structure, toujours identique, mais sans insister. C’était connu, décortiqué, assimilé, l’instit était passé par là. On n’a pas manqué de préciser non plus que les naufrages n’étaient pas des épreuves, mais le moyen de parvenir aux vrais coups du sort qui attendaient notre marin.) N’y en a-t-il pas un qui ne ressemble pas aux autres ?


Question déroutante, il en faut. Les gosses se regardent. J’ajoute.


Je veux parler des épreuves traversées par Sindbad.  Les gosses continuent de se regarder. Pensez au premier voyage. Que se passe-t-il sur l’île du naufrage ?


Je leur mets le nez sur le mystère. Normal, c’est très subtil. Les yeux s’allument.


Ah oui ! La jument du roi Mirhage est fécondée par un cheval marin.


Ils me sortent la réponse tout de go. J’enchaîne :


Est-ce que Sindbad est concerné personnellement, comme dans les voyages suivants ? Court-il un danger ?


— Ben non, justement.


Ils l’avaient remarqué. Alors on parle saillie, fécondations, in vitro, in vivo, et des conséquences habituelles de l’événement. Lesquelles ?


Un poulain !


— Oui, mais avant l’accouchement.


On entre dans le détail de la grossesse, l’œuf, la nidification, on évoque les mammifères, les oiseaux, et je poursuis :


Alors, quelle étape du développement suit la fécondation, normalement ?


— Un œuf.


— Oui, c’est bien. Continuez, pensez à la suite.


— Maître, maître ! Ça y est, j’ai trouvé ! J’ai trouvé !


Dix doigts se lèvent, en tirant vers le plafond dix gamins, comme suspendus à la ligne d’un pêcheur invisible, qui les aurait ferrés.


Dans le deuxième voyage, maître, l’œuf du Roc !


Je les découvre, aussi frémissants que je l’étais, quand, après une multitude de lectures, j’ai enfin découvert la raison d’être de cet œuf, habilement dissimulé dans le récit du deuxième voyage aux apparences fantastiques, par un narrateur de génie, dont les siècles ont égaré le nom. L’impression de tomber sur un diamant.

est l’histoire d’un pauvre porteur nommé Hindbad. Un jour qu’il livrait des colis à ses clients, une odeur alléchante l’amena à la demeure de Sindad le marin. Hindbad, envieux des richesses de Sindbad, cria que dieu était injuste. Sindbad l’invita alors dans son palais pour lui raconter ses 7 voyages qui firent de lui un homme riche.


J’ai choisi de vous raconter son 4ème voyage : Sindbad avait embarqué ce jour-là sur le bateau d’un capitaine aux compétences limitées. Ce capitaine ne sut résister à la tempête et son navire, ainsi que ses hommes, échouèrent sur une île peuplée de cannibales. Sindbad déjouant leurs pièges, se réfugia à l’autre bout de l’île où il fut embarqué par une nouvelle embarcation. Dès qu’elle fut arrivée, on présenta Sindbad au roi qui, en guise de récompense, lui donna une partie de ses richesses et une femme. Un jour, elle mourut et Sindbad, comme le voulait la tradition, fut enterré vivant avec sa femme défunte. Mais il parvint à s’enfuir…


Ce livre adapté aux jeunes lecteurs, est très plaisant à lire. Il m’a d’autant plus plu qu’il est riche en rebondissements, rythmé par un suspense haletant (notamment lorsqu’on croit que Sindbad va finir ses jours dans la tombe). J’ai beaucoup aimé la mise en scène des héros ainsi que des animaux mystérieux et extravagants (comme l’aigle gigantesque, le cheval des mers où le cyclope géant). Ce qu’il faut retenir de cette histoire c’est la leçon de vie qui en ressort : il faut aller de l’avant, croire en soi et en ses capacités, forcer le destin lorsque cela est nécessaire mais ne jamais s’apitoyer.


En revanche, ce que je trouve dommage, c’est la couverture qui ne reflète pas assez l’histoire. Des illustrations en couleurs et plus fréquentes m’auraient paru attrayantes. Mais à part ces quelques détails, je recommande ce livre aux amateurs d’aventures.

La suite de cette rencontre éblouissante se trouve au chapitre 18, de L’ART DE L’ENFANCE.

sindbad_le_marin_2004-2.jpg sindbad_le_marin_1997-2.jpg sindbad_le_marin_1994-2.jpg

Editions Livre de Poche,

2004

Illustration de

Jean-Pierre Duffour

Editions Livre de Poche,

1997

Illustration de

Christophe Rouil

Editions Hachette, 1993

Illustrations de Christophe Rouil