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Maj le 19/08/2017

Le premier roi du monde (l'épopée de Gilgamesh) le_premier_roi_du_monde2.jpg

Editions Hachette, 2004

Couverture de Charlotte Gastaut

Le déluge

Extrait

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Interview

Ecoutez un extrait, lu par l'auteur

Prix Nouvelle Revue Pédagogique Monde de l’éducation

Après la publication du Roman de Gilgamesh...

Dossier pédagogique

Réponses à Romane et Thomas

Réponse à un(e) ignorant(e)

Lettres à Gilgamesh

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Editions Hatier, 2009

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LE PREMIER ROI DU MONDE  

a par ailleurs fait l’objet d’une

nouvelle édition sous forme

d’extraits, en 2009, dans la

collection des Classiques Hatier.

près la publication du ROMAN DE GILGAMESH , chez Albin Michel, je croyais en avoir terminé avec Gilgamesh. Je me trompais. Quelques années plus tard, Charlotte Ruffault, qui arrivait chez Hachette, me proposa de tirer de mon livre pour adultes, une version pour la jeunesse. Je refusai. Je n’avais plus rien à dire de Gilgamesh, prétextai-je. La source était tarie, le besoin satisfait. En réalité j’avais peur. Peur de mon échec ancien, peur d’échouer à nouveau.


C’est ma chienne qui m’aida, dès le lendemain, à revenir sur ma décision. Je la promenais dans les champs, comme chaque matin. C’était juin, avec sa rosée, les parfums sucrés des robiniers. Nous longions un champ d’orge qui mûrissait. Je m’arrêtai pour contempler la plaine immobile. La Mésopotamie était là, tapie dans la céréale. Elle m’attendait pour surgir, et, à l’horizon, se profilaient déjà deux silhouettes de géants qui approchaient en riant : Gilgamesh et Enkidou. Ils allaient, de ce pas décidé que je leur connaissais, avec l’entrain qui les avait portés à conquérir la Forêt des Cèdres, à vaincre le Taureau Céleste. Des fous admirables. Ils venaient me chercher. Ma chienne était inquiète. Elle sentait leurs présences brasser le ciel. Pour l’apaiser, je lui parlai de mes amis. Qui ils étaient, les exploits qu’ils avaient accomplis. Puis, entraîné par l’affection que je leur vouais, je commençai à m’animer :


— Asseyons-nous à l’ombre de cette haie, lui dis-je. Je vais te raconter une histoire très ancienne. Et ce champ d’orge qui mûrit sous le soleil pourra témoigner que je rapporte l’exacte vérité. Il la connaît et il n’y a pas de meilleur lieu pour conter. Aussi, installe-toi bien, face à moi, car je veux pouvoir te regarder en parlant.


Ma chienne buvait mes paroles, en inclinant la tête. Grâce à elle, j’avais trouvé le ton qui m’avait fait défaut, dix ans auparavant.


J’ai donc écrit cette nouvelle version, sans trop savoir, sur le moment, pourquoi elle s’adressait plus que l’autre à la jeunesse.


Dans Le roman de Gilgamesh, je n’avais pas atténué la violence de l’œuvre, sa sensualité, son érotisme, qui accompagnent de bout en bout la longue quête humaine du héros principal. Ces aspects ne sont pas absents du Premier roi du monde, loin de là. Ils sont seulement tamisés.


Réflexion faite, il me semble avoir eu besoin de la première étape pour être en mesure de parcourir la seconde. Comme si, une fois apaisé d’avoir développé une expression vigoureuse, de m’être donné la preuve que j’en étais capable, j’avais pu ensuite la suggérer. Filtrer, décanter. L’écriture du Premier roi du monde était une sorte de distillation.

Extrait de L’ART DE L’ENFANCE,  chapitre 21

L’épopée de Gilgamesh, de Jacques Cassabois


Montrer « la jeunesse éternelle d’une vieille histoire »


– Pouvez-vous expliquer quelles sources vous avez consultées pour écrire votre livre ?


– Essentiellement l’oeuvre de  Jean Bottéro : sa traduction de l'épopée, ses livres , ses articles nombreux, d’autres ouvrages aussi sur l’histoire de la Mésopotamie, des articles parus dans L’Histoire, Archeologia… Et d’une manière générale, tout ce qui pouvait m’imprégner de Mésopotamie. Cela se passait en 1993. Je devais faire un livre pour la jeunesse et, après une première phase de recherches documentaires, j’ai renoncé devant la difficulté et tout laissé tomber. Quelques mois après, pour des raisons trop longues à expliquer, je me suis remis au travail et cela a donné un livre pour adultes. Au cours de cette période j’ai rencontré M. Bottéro à plusieurs reprises. Il m’a prêté des ouvrages rares, riches de détails dont finalement je ne me suis pas servi, car je n’avais pas vraiment besoin de documentation supplémentaire. Il y a un moment où, dans l’écriture, il faut oublier sa documentation. En réalité, M. Bottéro m’avait donné bien davantage : sa bienveillance et sa confiance. Cela m’a littéralement porté et je ne peux pas évoquer mon travail sur Gilgamesh, sans souligner l’esprit d’ouverture de ce grand savant.


– Le premier roi du monde est donc la version pour la jeunesse de ce précédent livre. En quoi à consisté le travail d’adaptation ? Est-ce bien le terme qui convient ?


– Il ne me dérange pas. En fait, j’ai tout récrit. Je voulais revenir à la source de mes recherches, repenser mes intentions, les repasser par le tamis de l’émotion, pour trouver les mots adaptés, les rythmes qui leur convenaient, en me pénétrant de l’idée que, cette fois-ci, contrairement à la première, je ne devais pas oublier que ce texte s’adressait à des lecteurs spécifiques. C’est une négociation parfois pénible avec soi-même et il faut apprendre à ne pas rester figé par cette contrainte. Mais elle était redoutable pour moi. C’est elle qui m’avait fait échouer, il y a dix ans et malgré les encouragements de mon éditrice, Charlotte Ruffault, qui m’avait proposé ce travail, j’ai abordé cette nouvelle étape avec la peur de l’échec. La question essentielle ne résidait pas tellement dans une hésitation entre ce que je pouvais dire ou ne pas dire à des jeunes. Elle était surtout : quel ton vas-tu adopter ? Le ton, le registre, l’économie générale du récit, comment me placer par rapport à mon interlocuteur… voilà ce que je n’avais pas su résoudre auparavant.


– Justement, vous avez parfois recours à des adresses au lecteur. Pourquoi ? Sont-elles conçues spécifiquement pour un jeune lecteur ?


– Oui. Je recherchais la proximité, l’intimité même, avec un jeune lecteur potentiel, abstrait, d’une très grande intelligence, qui pouvait comprendre toute la complexité symbolique de ce récit, à condition que je fasse l’effort de lui parler spécialement, avec simplicité et passion. Je voulais le prendre par la main, le conduire avec douceur, réussir à lui prouver que cette vieille histoire était d’une jeunesse éternelle et que son auteur, il y a 3 500 ans pensait déjà à lui. C’est le choix de cette adresse au lecteur qui m’a libéré. Puis un autre choix a suivi, spontanément : celui du présent de l’indicatif. Un temps lumineux, vigoureux, qui d’emblée impose une musique, un phrasé, un vocabulaire. Le présent porte le feu dans un récit. Ce mythe, ces personnages, je voulais qu’ils flambent.


– Il se dégage de votre écriture une étonnante qualité de rythme et une grande force évocatrice. Est-ce que ce sont là des dimensions que vous avez particulièrement travaillées ?


– Oui, bien sûr. Les symboles qui parsèment les mythes et les contes sont autant d’énigmes à déchiffrer. Elles sont pour moi l’occasion de dégager des significations qui donnent à ma réécriture une direction autour de laquelle je construis le sens. Mais un récit ne peut pas être truffé d’explications. Ce n’est pas un cours ou une conférence. Je suis donc obligé de jouer de l’explication quand elle est possible et aussi de l’évocation. Le rythme du texte, sa scansion, les respirations qui le ponctuent, l’élaboration de formules, sont autant de registres au service du mouvement du récit et surtout de son contenu.


– Pourquoi avez-vous voulu raconter cette histoire aux jeunes lecteurs ? Qu’est-ce qui vous touche le plus dans l’aventure de Gilgamesh ? Qu’est-ce que vous souhaitez faire partager ?


– Gilgamesh est un casseur. Pire ! Un casseur qui a le pouvoir ! Sa violence, sa brutalité, son usage permanent de la force pour vaincre les obstacles sont des valeurs qui hélas, inondent notre monde, aujourd’hui plus que jamais. Les jeunes y sont exposés, en sont nourris. La violence se présente même à eux comme un chemin fréquentable. L’aventure de Gilgamesh, sa grande quête au bout du monde, portée par la révolte et la colère, nous montrent justement, d’une manière éclatante, à quelle impasse conduit la violence. Je voulais que des jeunes puissent avoir accès à cette histoire, pour les emmener dans le sillage du héros, de sa folie furieuse, pour qu’ils voient que nos pires tempêtes sont celles que nous provoquons et qu’ils découvrent, au bout de la quête désespérée de Gilgamesh, la lumière d’autres chemins possibles. Cette prise de conscience finale, Gilgamesh la doit à un être merveilleux : Enkidou et à l’amitié qui les unit. L’amitié, en effet, est le moteur principal de cette histoire, source de transformation intérieure, de construction de l’être. Une telle valeur, ah oui, je tenais à la partager, en rappelant le rôle civilisateur de l’amour humain, porté par la femme et souligner aussi que ces richesses nous venaient du fond des temps, offertes par une civilisation qui avait contribué à la naissance de l’occident, ancêtre d’un malheureux pays, l’Irak, défait par toutes sortes d’appétits, aujourd’hui au bord du désastre…

Cher monsieur,



nous sommes des élèves de 6éme1 du collège Georges Clemenceau à Montpellier.

Nous avons eu l'occasion de travailler en classe sur votre adaptation de Gilgamesh. Puisque nous sommes passionnés par l'Antiquité nous avons particulièrement apprécié votre livre.  

Aussi, si vous le souhaitez,  aimerions-nous  vous poser quelques questions.   


Est-ce que c'est facile de traduire un texte de l'antiquité ?

Quelles études avez-vous faites pour pouvoir le traduire ?

Avez-vous eu de l'aide ?

Combien de temps avez vous passé sur ce projet ?

Avez-vous déjà  auparavant traduit des textes ?

Quel a été votre passage préféré ?

Est-ce vous qui avez choisi les illustrations ?

Est-ce que vous êtes allé en Mésopotamie ?

Est-ce que vous avez vu les vraies tablettes ?  

Quel est votre genre de livre préféré ?

Que faites-vous en ce moment ?


Merci d'avance pour vos réponses. Et d'avoir pris du temps pour nous répondre. Nous les mettrons dans le journal et les  ferons profiter aux autres pour qu'ils en sachent plus sur les traductions de livres ou de tablettes.

Au revoir et peut être à une autre fois si on a besoin de vos réponses et de votre amabilité.

Nos salutations les plus respectueuses.


Romane et Thomas.

Chers Romane et Thomas,



J’avais dit à votre professeur de français que j’espérais pouvoir vous répondre dans la première quinzaine de janvier. Me voici donc.

J’ai numéroté vos questions, par commodité. C’est plus facile de m’y référer. Donc, je commence.

Questions                et        :

Entendons-nous bien et appelons les choses par leur nom. Je ne suis pas traducteur et mon livre « LE PREMIER ROI DU MONDE » n’est pas une traduction.

Il n’est pas non plus une adaptation. Je n’ai rien adapté, j’ai récrit. C’est une nuance à laquelle je tiens. A partir d’une œuvre, j’en ai fait une autre. C’est un travail personnel de création. Pas du bricolage. Dans notre vocabulaire, une adaptation est souvent un sous-produit de la création. Je réfute cette dévalorisation. Je n’ai pas toujours pensé cela, mais mon avis a évolué.

Et pour que vous ne pensiez pas qu’il s’agit d’un caprice d’auteur, je vais vous donner un exemple concret.


Vous vous souvenez, quand Gilgamesh et Enkidou se rencontrent pour la première fois, ils se battent.

Voici recopiée ci-dessous, la façon dont le texte original en parlait, il y a plus de 3500 ans. Ce texte a été traduit par Jean Bottéro, un assyriologue dont je vous parlerai plus loin.

À cet endroit, la tablette est cassée et il manque trois lignes. Puis elle reprend.

 




La rencontre des deux hommes et leur bagarre, telles que je les vois, forment le chapitre 4 de mon livre, pages 41 à 49.

Relisez-les. Comparez-les.

Vous comprendrez mieux pourquoi je trouve que le mot adaptation est péjoratif.


Je reviens à la traduction.

Pour être traducteur, il faut connaître la langue originale d’un texte. Or, je ne connais pas l’akkadien, la langue dans laquelle a été écrite « l’Épopée de Gilgamesh ». L’akkadien était la langue littéraire des habitants du pays de Sumer, il y a 3000 ans. Mais vous devez savoir cela, car vous avez étudié la Mésopotamie, puisque vous m’en parlez.

Je n’y suis jamais allé (question ). Je ne suis d’ailleurs pas près d’y mettre les pieds. Pour deux raisons : 1/ je n’aime pas voyager ; 2/ je tiens à la vie. Vous connaissez l’état lamentable de l’Irak aujourd’hui, où le terrorisme massacre des innocents à longueur de journée. Alors, pas question d’aller m’aventurer dans ce guêpier !

Et tant que j’y suis (question ), je n’ai jamais vu de tablettes, juste aperçu une fois, dans le bureau de monsieur Bottéro, une ou deux tablettes qu’il était en train de traduire.

Cet homme était un grand savant. Il connaissait à fond la Mésopotamie et ses langues : le sumérien et l’akkadien. Il a traduit l’Épopée et une foule d’autres textes littéraires mésopotamiens, mais aussi des recettes de cuisine, les fiches de stock de la droguerie du palais de Mari en Syrie (fouilles de 1949, je crois), d’où il a tiré toute l’organisation du palais, le nombre de personnes qui y vivaient et leurs catégories sociales. Un travail absolument époustouflant ! Je peux vous en parler, parce qu’il me l’a prêté pour que je le lise. Sans son travail, évidemment, je n’aurais jamais pu faire le mien et personne ne pourrait connaître les textes magnifiques de nos ancêtres humains.


Question

Ah ! l’aide. Question difficile. Qui aide et comment aide-t-on ? Réfléchissez à cela. Cherchez qui vous aide, quand vous êtes démunis. Qui vous dépanne, vous réconforte, vous console, vous secoue les puces pour que vous ne vous découragiez pas ? Et quelles formes prennent ces interventions de l’extérieur, depuis la personne qui s’assoit à côté de vous pour vous expliquer ce que vous ne comprenez pas, à l’inconnu qui vous adresse un sourire.

Il y a l’aide visible directe, l’aide qu’on sollicite. Il y a l’aide qui nous arrive soudain, sans qu’on la demande, ou après avoir beaucoup travaillé pour l’obtenir. Il y a l’aide invisible qui attend dans l’ombre de la vie et qu’on manque souvent, parce qu’on est trop myope pour la percevoir.

Je ne peux évidemment pas vous répondre en détail à une question aussi compliquée. C’est pourquoi je vous renvoie à vous. Ce qui fonctionne pour vous fonctionne aussi pour moi. De ce point de vue, je ne suis pas différent. Les inconnus qui ont écrit sur la Mésopotamie m’ont aidé. Monsieur Bottéro, m’a aidé en m’accueillant plusieurs fois chez lui, ma femme m’a aidé en relisant tous mes textes, notamment quand elle m’a fait recommencer cinq fois la mort d’Enkidou, mon éditrice m’a aidé, en me demandant d’écrire ce livre... Et dans ce soutien colossal, je n’oublie pas l’esprit immémorial de nos ancêtres qui ont frayé les chemins de la vie avant moi. Oui, cet esprit m’a considérablement soutenu lui aussi !

Comme vous le voyez, je suis très redevable et cela fait beaucoup de monde à remercier.


J’ai passé 10 ans sur ce projet (question ). J’ai commencé par écrire un livre pour la jeunesse, mais je n’y suis pas arrivé et cela a donné un livre pour adultes ( « LE ROMAN DE GILGAMESH » , publié chez Albin Michel). Des années après, mon éditrice actuelle m’a demandé d’en faire une version pour la jeunesse. J’ai eu peur d’échouer à nouveau et je lui ai répondu, du tac au tac :  « Non, certainement pas ! J’ai la trouille de me planter ! » Puis, le lendemain, je me traitais d’imbécile et je commençais à travailler contre ma peur.

Du tout début (premières recherches) à la toute fin (publication du PREMIER ROI DU MONDE) : 10 ans.


Question

Mon passage préféré ? J’en ai plusieurs, mais je me limiterai à deux : la naissance d’Enkidou à la civilisation (avec la prêtresse d’Ishtar) et sa mort.


Question

Pour LE PREMIER ROI DU MONDE, les illustrations se limitent à la couverture. C’est l’éditeur qui choisit. Il connait plus d’illustrateurs que moi et il sait mieux.


Question

Je n’ai pas vraiment de genre de lecture préféré. Je ne lis pas beaucoup. Seulement quand je n’écris pas. Quand j’écris, je me concentre sur ce qui est nécessaire à mon travail d’écriture. Je ne sais pas faire deux choses à la fois.


Question

Je suis en train de terminer un roman sur Jeanne d’Arc. Elle est très célèbre, mais comme tous les personnages qui ont été changés en légende, peu de personnes la connaissent vraiment. Et qu’est-ce qu’on peut raconter comme âneries sur elle ! J’vous dis pas !!!


Voilà, bien chers Romane et Thomas, je m’arrête ici, avec ces quelques aperçus.  

Je vais aussi envoyer ces réponses à mes éditrices, pour qu’elles sachent que des enfants comme vous apprécient les livres qu’elles publient. Cela les aide à poursuivre. (Tiens, vous voyez, question , l’aide, jusqu’où elle va se nicher ?)

Et pour finir, je vous souhaite, à vous et à vos familles, une vraie belle et bonne année 2010. La vie est un trésor inestimable. Prenez-en soin. Ne le gaspillez pas bêtement comme des cigales écervelées. Transformez-le en cascade de lumière.

Je vous embrasse.


Jacques

 




Gilgamesh au collège de Villenave d’Ornon

Dire la vie et la mort avec Gilgamesh