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Maj le 05/08/2017

LE PREMIER ROI DU MONDE a fait l’objet d’un défi lecture dans huit classes de Seine-et-Marne, au terme duquel il était convenu que chaque groupe poserait une question à Jacques. En fait, c’est Gilgamesh, roi d’Ourouk qui a été directement interrogé et, miracle… Gilgamesh a répondu.

Ce bandeau est un montage de plusieurs céramiques du sculpteur Australien, Neil Dalrymple.

Lettres à Gilgamesh Ecole Saint Gilles, Champagne sur Seine, classe de CM2 Ecole Les Columières de Moret-sur-Loing, classe de CM1 Ecole Les Columières de Moret-sur-Loing, classe de CM2 Ecole Gatelliet, Melun, classe de CM2




  




 



Le 18 avril 2013


Votre Altesse royale,


Nous avons lu votre épopée qui nous a fort plu. Une question reste cependant pour nous sans réponse et nous nous permettons de vous la poser.

Au moment de votre combat contre Enkidou, alors qu’il avait desserré son étreinte et que vous pouviez le terrasser, vous lui avez laissé la vie sauve pour devenir son ami.

Nous pensons, sans vous offenser, que vous vouliez à ce moment-là profiter de sa force pour obtenir plus de gloire à Uruk comme un songe vous l’avait prédit.

A quel moment, donc, êtes-vous vraiment devenu l’ami sincère d’Enkidou et quel évènement, s’il y en a un, a entrainé cette amitié ?

Nous espérons que vous aurez l’amabilité de bien vouloir répondre à notre question et vous en remercions d’avance.

Nous vous prions de bien vouloir croire, votre Altesse royale, en l’assurance de nos respectueuses et honorables salutations.


Les CM2 de l’école De Saint Gilles


Ecole Saint Gilles, Champagne sur Seine, classe de CM2




 



 



Chers amis de l’école Saint-Gilles,


Vous me parlez d’Enkidou et aussitôt, l’émotion me saisit.

À quel moment suis-je devenu son ami sincère ? Il m’est bien difficile de vous répondre. Je ne crois pas qu’il y ait eu un événement précis. C’est plutôt grâce à une succession d’instants, dont je n’ai pas eu conscience, qu’il est devenu mon inséparable. Il m’a conquis peu à peu, sans vouloir me conquérir.


C’est peu dire qu’il était mon ami. J’ai découvert, en effet, au fil des mois que nous avons passés ensemble, qu’il était bien davantage que cela. Il était une partie de moi, la meilleure. Mon goût des conquêtes et ma violence avaient fini par me la faire oublier et Enkidou lui a redonné vie.

Il était l’eau douce de l’enfance qui me désaltérait.

Mais, je m’écarte de votre question.


La première fois que je l’ai vu, ce sont ses yeux qui m’ont surpris. On aurait dit deux lacs transparents sur la prairie. Mais je n’y pas fait très attention. En effet, je le voyais surtout comme un rival et je voulais le détruire. Puis nous nous sommes battus.

Un autre détail aurait dû m’alerter. À la fin de notre pugilat, il m’a immobilisé. Je ne pouvais plus bouger. C’était la première fois qu’un adversaire avait raison de moi et c’est lui qui a desserré son étreinte, volontairement. Alors, j’en ai profité pour m’approprier la victoire... et il n’a pas résisté.

Aujourd’hui, quand j’y réfléchis, je me rends compte que c’est ainsi que je me suis laissé attirer à lui.


À mesure qu’il prenait de l’importance pour moi, je changeais. J’ai eu envie de l’éduquer, de le distraire de sa tristesse, de lui apprendre à aimer ce que j’aimais. Cela ne m’était jamais arrivé de m’inquiéter de quiconque.

Mais qui apprenait le plus à l’autre ? À cet instant, j’étais déjà captif de lui.

Quand nous sommes partis accomplir des exploits, que je l’ai vu retrouver la steppe, parler avec le vent, traduire les mouvements de la lumière et des ombres, cueillir sa nourriture avec facilité comme si elle s’offrait à lui, j’ai compris qu’il ressentait le monde comme je ne l’avais jamais ressenti et que s’il y avait un maître entre nous deux, c’était lui. Moi, j’étais son élève.

À cet instant, il m’avait totalement conquis. Mais je n’en savais toujours rien. Je le voyais comme un formidable compagnon, voilà tout, un partenaire exceptionnel pour accomplir des coups prodigieux.

C’est sa maladie qui m’a révélé à quel point il m’était essentiel et sa mort a ouvert un gouffre dans mon cœur.

Mais je n’étais pas encore au bout de ce qu’il pouvait m’apprendre. Car lorsque je suis parti au bout du monde chercher l’immortalité, c’était pour empêcher que mon corps ressemble un jour à son cadavre.

Il a fallu que j’échoue dans ma quête et que je réfléchisse amèrement à mon échec. En chacune de mes pensées, en chacune de mes prises de conscience, j’entendais Enkidou qui me parlait, Enkidou qui me prenait par la main et me poussait toujours plus loin à la découverte de moi-même.


Vous comprenez pourquoi, lorsque vous me questionnez sur le commencement de notre amitié, il m’est ardu de distinguer un instant plutôt qu’un autre ?


Je crois que j’avais besoin de lui pour évoluer et souvent, je me demande si les grands dieux qui l’ont conçu ainsi, savaient à quel point il allait me transformer ? Ea, le plus ingénieux de tous, peut-être s’en doutait-il.


Et vous, chers CM2 de l’école Saint-Gilles de Champagne-sur-Seine dans le lointain pays de France, possédez-vous déjà un trésor d’amitié comme j’ai eu Enkidou ? Si oui, c’est un grand privilège. Veillez sur lui. Si non, je vous souhaite d’en découvrir un semblable. Prenez patience.


Gilgamesh Roi d’Ourouk





  




 



Votre Majesté,


Permettez nous de vous poser la question suivante: « Pourquoi étiez vous si sévère avec votre population au début de l'histoire et pourquoi en prenez vous soin à la fin?


Les CM1

Ecole Les Columières de Moret-sur-Loing, classe de CM1




 



 



Chers petits CM1 de Moret,


Sa majesté Gilgamesh vit retirée du monde.

Je suis son premier scribe. Mon nom est Sînleqe’unnenni, ce qui signifie Ô-dieu-Sîn-reçois-ma-prière. C’est moi qu’il charge de répondre aux personnes curieuses de mieux le connaître.

La question que vous lui posez est grave, car elle résume toute sa vie.


Ainsi, vous avez constaté un changement important entre le début et la fin de son épopée ? Vous êtes très perspicaces. La raison de ce changement tient en un seul mot : Enkidou.

En effet, c’est son amitié avec Enkidou qui l’a amené à considérer la vie autrement que comme un casseur brutal et égoïste.

Bien sûr, une telle transformation ne s’est pas faite en un seul jour. Elle a demandé du temps et surtout beaucoup de déceptions, d’échecs et de souffrances.


Vous savez bien qu’il est difficile de corriger ses mauvaises habitudes. Une mauvaise habitude c’est comme un invité que l’on héberge, qui se sent bien chez nous et qui en profite pour nous faire faire des choses nuisibles : nuisibles à notre santé par exemple (j’adore le chocolat et le chocolat me déclenche des allergies. Donc, il je dois faire un effort pour m’en passer. Et cet effort me coûte), ou nuisibles à notre vie sociale (mon invité est un voleur qui me pousse à commettre des délits. Mais il s’est tellement bien installé chez moi que je n’arrive plus à le flanquer à la porte. Je suis obligé de me bagarrer avec lui pour le jeter dehors). Parfois même, on devient esclave de cet invité (il s’appelle Drogue, par exemple, Alcool, Tabac… Vous savez le mal que l’on a à se défaire de ces intrus, les souffrances qu’ils provoquent et celles qu’ils infligent à l’entourage ?) Cela demande souvent une volonté de fer pour se séparer de ces hôtes indésirables !


Les hôtes de sa majesté Gilgamesh s’appelaient donc Violence, Mépris, Colère. Ils le polluaient gravement, au point que son peuple était devenu un moyen de satisfaire tous leurs caprices.

Hélas pour Gilgamesh, il était très puissant. Personne n’osait donc le contredire, par crainte de se faire massacrer. Personne pour lui avouer franchement : « Majesté, vous délirez complètement ! Au lieu d’effrayer votre peuple, si vous l’aimiez, il serait plus heureux, plus ingénieux, travaillerait avec plus de joie, vivrait dans la confiance. L’amour, la confiance, le respect décuplent les qualités humaines, alors que la brutalité, l’arrogance, le mépris, pardon !... Elles nous mènent tout droit à la cata !»


Le seul à lui avoir fait comprendre cette vérité, c’est Enkidou le sauvage, l’inculte. Pas en lui expliquant ou en lui faisant des sermons. Simplement en vivant et surtout… en mourant.

Vous connaissez tous les détails de leur amitié, puisque votre précepteur ou votre préceptrice, vous a fait lire son histoire.

Par bonheur, le roi Gilgamesh était un homme intelligent et sensible, capable d’écouter et de comprendre, cela n’est pas donné à tout le monde. C’est en reconnaissant ses erreurs qu’il s’est métamorphosé.

Vous voyez le résultat ?


Permettez-moi de vous avouer que votre question me réjouit. Puisque vous vous êtes montrés aptes à voir clair en Gilgamesh, quelque chose me dit que vous êtes aussi aptes à voir clair en vous-mêmes. Vous ne risquez donc pas de devenir esclaves de vos invités encombrants et je suis certain que vous aussi, saurez les dominer.


Je vous souhaite une très belle journée, chers petits amis de CM1.

Je m’incline devant vous et je vous embrasse les genoux.


Sînleqe’unnenni

Premier scribe à la cour du roi Gilgamesh





  




 



 O, vénérable et tout puissant roi d' Ourouk,

Majesté, avec tout le respect que nous vous devons, nous serions très honorés si vous acceptiez de répondre à une humble et unique question. Sire, nous serions très intéressés de savoir ce que vous auriez fait de votre immortalité si vous l'aviez obtenue.

Nous serions indéfiniment reconnaissants de nous accorder une réponse si minime soit-elle ; nous ne manquerons jamais de raconter votre histoire et vos exploits aux générations futures pour que votre souvenir demeure à jamais lié à l'histoire de l'humanité.

Votre Altesse, merci de consacrer un petit peu de votre précieux temps pour nous répondre. Nous sommes très impatients de découvrir votre royale réponse.

Avec tout notre respect, vos fidèles sujets du CM2 des Columières

Ecole Les Columières de Moret-sur-Loing, classe de CM2




 



 



Chers amis du XXI è siècle,


Sa majesté Gilgamesh ne s’occupe plus guère des affaires courantes et il m’a chargé, moi, Sînleqe’unnenni (Ô-dieu-Sîn-reçois-ma-prière), son premier scribe de répondre à votre grave question.


Qu’aurait-il fait de son immortalité, si les grands dieux lui en avaient fait don ? Je vais vous fournir deux réponses, dont voici la première.


Cette immortalité dont vous parlez et à laquelle pensent beaucoup d’hommes, il n’en aurait rien fait du tout et c’est un bonheur qu’il ne l’ait pas reçue. En effet, c’est un poids colossal de vivre à jamais. Une véritable corvée ! Et je crois que le pire des humains ne peut pas mériter un châtiment pareil !

Y avez-vous pensé ?

Imaginez l’effort d’adaptation permanent qu’il faudrait fournir pour vivre en suivant l’évolution de la société.

Vous naissez à la vie, vous la découvrez, vous vous y habituez, vous y avez des repères, des habitudes, vous vous y sentez bien. Cette vie que vous découvrez devient votre foyer. Mais peu à peu, elle change. Au début, très légèrement. Et vous aimez ce changement, car il est à votre mesure. D’ailleurs, vous y participez et vous vous y adaptez sans difficultés, puisque vous l’avez voulu. Mais au fil des ans, le changement est de plus en plus important, vous y participez moins. Parfois il vous déroute et vos efforts pour l’accompagner deviennent de plus en plus épuisants.

Les bases sur lesquelles vous avez appris à vivre bougent. C’est comme un tremblement de terre. Au début, il est léger et vous n’avez pas peur. Mais ses secousses sont de plus en plus puissantes. Le monde tremble, votre monde, et vous êtes ébranlés ! Parfois même, il s’écroule, car il est devenu trop vieux et il est urgent de le reconstruire. Et vous, grand immortel, vous finissez par ne plus comprendre ce qui se passe, ne plus vous y retrouver, vous regardez les nouveaux hommes qui naissent et qui s’activent comme des étrangers, venus d’une autre galaxie.

C’est alors que vous vous rendez compte que les grands dieux qui ont cédé à votre demande, vous ont offert un cadeau empoisonné !

Pour vous représenter cette difficulté, pensez à vos grands-parents ou, le cas échéant, à vos arrière-grands-parents. Questionnez-les sur leur enfance, comparez avec la vôtre et mesurez les efforts d’adaptation qu’ils ont dû produire pour continuer à suivre le mouvement impétueux de la vie.

Ne pensez-vous pas qu’ils ont dû s’accrocher et parfois durement pour comprendre leur époque qui se transforme, les mentalités qui évoluent, ne pas être submergés et ne pas s’enfermer dans le rejet en disant : « C’était mieux de mon temps ! »


La vie est un fleuve en crue, qui, sans cesse, reçoit toujours davantage d’eau. Vous avez un mot pour désigner ce bouillonnement : le progrès ! Certains, parfois, disent : « Où cela va-t-il s’arrêter ? »


Remontez plus loin que vos proches aïeux. Passez les siècles, enjambez les millénaires… Et hop !... Puis, mesurez le courage, la force morale qu’il faudrait à un homme pour affronter l’immortalité.

Est-ce qu’il n’y aurait pas de quoi devenir fou ?


Évidemment, personne n’a envie de mourir, tout le monde se débat devant cette horreur et c’est bien ce que pensait le roi Gilgamesh devant le cadavre de son cher Enkidou. Il a déployé toute sa volonté, son exceptionnelle endurance, sa force de géant pour vaincre toutes les embûches dont la route d’Outa-napishti était semée !

En vain.

Et, une fois totalement usé par la lutte, il a enfin découvert une puissante vérité : si lutter est souvent nécessaire pour évoluer, il est des cas où il est plus sage et plus grand de renoncer à la lutte.


Je vous avais annoncé deux réponses.

Voici la seconde.


C’est en renonçant à cette immortalité que le roi Gilgamesh, mon maître, a conquis une autre immortalité : celle de la mémoire. Et vous le savez parfaitement, vous qui écrivez : « Nous ne manquerons jamais de raconter votre histoire et vos exploits aux générations futures pour que votre souvenir demeure à jamais lié à l'histoire de l'humanité. »

Et, je puis vous l’assurer, savoir que des milliers d’années après sa tentative, des enfants connaissent encore son exploit surhumain et se le racontent, est une immense récompense pour lui.


Je vous embrasse (je crois que c’est une tradition de votre pays), chers fidèles CM2 des Columières de Moret-sur-Loing-en-France.


Sînleqe’unnenni

Premier scribe et exorciste




  




 



 A sa Majesté, notre roi Gilgamesh,


Nous vous demandons pardon de vous interroger. Nous savons que ce sont les dieux qui vous ont fait, Anou vous voulait impétueux, dévastateur et orgueilleux mais nous ne comprenons pas votre attitude envers votre peuple.

Que s'est-il passé pour que vous soyez si cruel envers votre peuple au début de votre règne ?

Vous remerciant par avance de prêter une bienveillante attention à la présente requête, nous prions sa Majesté de croire à

l’assurance de notre haute considération.


Vos dévoués lecteurs et élèves de l'école GATELLIET

Ecole Gatelliet, Melun, classe de CM2




 



 



Chers amis du cm 2 de l’école de la rue Gatelliet, à Melun,


Merci de m’interroger sur cet aspect le plus désolant de mon règne.

Comme vous l’avez dit, les dieux m’avaient voulu impétueux et orgueilleux, mais le pouvoir m’est monté à la tête.

C’est toujours ce qui arrive à ceux qui sont tellement puissants qu’ils deviennent intouchables. Ils peuvent faire le mal, commettre des injustices en toute quiétude, car ils savent qu’ils ne seront jamais ni poursuivis, ni punis.

Connaissez-vous cela dans votre société aujourd’hui ?

Existe-t-il des gens si puissants qu’ils sont hors d’atteinte ? Si oui, méfiez-vous d’eux et restez à l’écart. Ils sont dangereux.


Pour en revenir à moi, j’avais juste oublié une chose qui n’était pas encore très connue à mon époque, mais que j’ai été parmi les premiers à comprendre : c’est que, quel que soit le destin que les dieux vous ont assigné, il vous reste toujours la liberté de choisir de quelle manière vous aller accomplir ce destin.

Cette liberté, c’est toujours à l’homme de l’exercer.

C’est sa responsabilité.


J’ai fini par comprendre cette vérité, grâce à mon ami Enkidou, grâce surtout à sa mort qui m’a obligé à réfléchir sur ma propre mort et donc, forcément, sur ma vie.

C’est alors qu’elle m’est apparue dans toute sa grande vanité. Un véritable désastre !

C’est alors que j’ai compris qu’il n’appartenait qu’à moi de choisir entre une voie ou l’autre : soit respecter mes semblables, mêmes s’ils sont mes sujets, et recevoir du respect en retour, soit user de la force pour qu’on me craigne et être haï et redouté.

J’ai préféré la voie du respect, de la franchise et de l’amour.


Il m’a fallu toute une vie pour faire ce choix.

Puissiez-vous choisir plus vite que moi.


Je m’incline respectueusement devant vous et je vous donne une accolade royale.


Gilgamesh Roi d’Ourouk


Un de mes scribes me dit qu’il a bien connu votre école, pour y être allé faire écrire des histoires, aux enfants qui étaient à la place que vous occupez aujourd’hui.