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Maj le 05/08/2017

Dire la vie et la  mort avec Gilgamesh


Avec trois classes de 6è particulièrement entraînées du collège de Villenave d'Ornon, où l'on travaille hardiment en pluridisciplinarité, à la préparation d'un spectacle de danse sur LE PREMIER ROI DU MONDE.

Kilian

Lors du deuxième chapitre, nous pouvons voir que les Dieux créent Enkidou. Cependant, ce dernier fut crée pour remettre Gilgamesh dans le droit chemin et il naquit adulte de surcroît. C'est la preuve qu'il n'a pas été conçu comme les autres hommes. Cela veut-il dire qu'Enkidou n'est que l'objet des Dieux et que c'est pour cette raison qu'il fut le premier sacrifié après le meurtre d'Houmbaba ?  

Tu as raison Kilian, Enkidou n'a pas été conçu comme les autres hommes, puisque les dieux l'ont  créé avec une intention précise : assagir Gilgamesh. Et s'il est né adulte (encore une remarque judicieuse), c'est parce qu'il n'y avait aucun intérêt à le faire passer par cette période d'évolution et d'apprentissage qu'est l'enfance pour lui faire accomplir sa mission. Il fallait un être tout d'un bloc, costaud et sauvage, immédiatement opérationnel pour flanquer au lion Gilgamesh une bonne dérouillée qui le fasse réfléchir ! Pif ! Paf ! Et bing !


Toutefois, dans la religion mésopotamienne, tous les hommes avaient le même statut : ils étaient des créatures au service des dieux. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils avaient été créés : pour être des ouvriers, chargés d'entretenir la terre. Ce travail d'hommes de ménage de la planète était auparavant dévolu à d'autres dieux, vaincus lors d'une bataille entre divinités. Mais ces dieux-là, petits dieux par opposition aux grands dieux vainqueurs, se révoltèrent un jour en se mettant en grève. Catastrophe ! Énorme bazar ! Pire qu'un jour de grève en France, où l'on ne se défend déjà pas trop mal ! Plus rien ne fonctionnait sur terre, et les Grands se mirent à paniquer à tel point qu'ils décidèrent, pour avoir la paix et retrouver leurs privilèges, de concevoir une créature spécialement destinée à travailler dur : les hommes !


Je poursuis ma réponse, Kilian. Tu comprends maintenant que, n'étant pas fondamentalement différent des autres hommes, Enkidou n'a pas été sacrifié le premier parce qu'il avait moins d'importance que Gilgamesh.

Plus haut, je disais : Pif ! Paf ! Et bing ! Tu sais maintenant que les choses ne se sont pas déroulées comme les dieux le pensaient. Ils n'avait pas imaginé qu'à la suite de leur première rencontre (tu te souviens de leur bagarre), les deux hommes allaient devenir amis. Les dieux ont donc laissé agir les héros pendant un certain temps, librement, puis à un moment donné, ils ont repris la main en leur montrant qui commandait.

La mort d'Enkidou avant celle de Gilgamesh est donc parfaitement conforme à son… DESTIN !

Ta question intéressante rejoint d'ailleurs celle de Kalyan, à laquelle je vais répondre maintenant.

Kalyan

Si Gilgamesh était mort à la place d'Enkidou, que serait devenu ce dernier?

Il aurait été malheureux certainement, parce qu'il aimait autant Gilgamesh que Gilgamesh l'aimait. Peut-être serait-il devenu la mascotte de la population d'Uruk, un grand costaud tout simple que l'on taquine, dont on se moque, avec qui l'on joue, parfois cruellement comme certains sadiques font avec les êtres faibles ou malheureux. Son évolution se serait certainement interrompue très rapidement.

Quant à la mort de Gilgamesh, elle n'aurait strictement servi à rien. Un coup d'épée dans l'eau ! D'une part, Enkidou, sans son ami, aurait régressé ; d'autre part Gilgamesh, mort sans avoir pris conscience de la vérité de sa condition humaine, n'aurait jamais rien compris à la vie et tout serait à recommencer… pour l'humanité. Car ne l'oublie pas, Gilgamesh est un être symbolique. Il agit pour l'humanité toute entière. Et quel enseignement l'humanité aurait-elle tiré de sa mort ? AUCUN ! Ces dieux auraient été les plus stupides de l'univers d'agir ainsi… sauf qu'ils ne l'étaient pas.


S'ils ont donc fait mourir Enkidou le premier, c'est pour infliger à Gilgamesh le chagrin de la perte de l'être qu'il chérissait le plus au monde, et l'amener à réfléchir, à évoluer, à se transformer. Preuve que la décision des dieux était finement calculée. Preuve aussi que jusque dans sa mort, Enkidou a accompli la destinée pour laquelle il avait été conçu : assagir Gilgamesh, et de la plus rude façon qui soit.

Quentin.

Après que Gilgamesh a refusé la demande en mariage d'Ishtar, cette dernière, étant immortelle, envoie une forme mortelle (le taureau céleste). Pourquoi n'y est-elle pas allée elle-même ?  


D'abord permets-moi, Quentin, de te complimenter sur la formulation de ta question. Tu as écrit : " Après que Gilgamesh a refusé ", utilisant l'indicatif avec après que, règle que la majorité des gens, journalistes compris, n'applique pas. Bravo !

Ta question, maintenant.


Tout simplement impossible qu'Ishtar combatte elle-même contre les deux hommes. C'est une déesse (de l'amour et de la guerre d'ailleurs) et les dieux ne s'abaissent pas à faire le coup de poing directement avec leurs créatures. Ils utilisent toujours un intermédiaire, ici le Taureau céleste. As-tu déjà vu deux chefs d'État se castagner en duel ? Bien sûr que non. Ils envoient leurs armées, avec leurs généraux qui commandent leurs petits ouvriers, des soldats en l'occurrence, qui sont chargés de mourir parce que les dieux, euh, les présidents l'ont décidé.


Avec les dieux mésopotamiens, c'est un peu la même chose.

Le Taureau céleste est une puissance qui vient du Ciel. Littéralement une bombe atomique, destinée à ravager la terre. C'est dire à quel point Ishtar était furieuse de n'avoir pas pu séduire Gilgamesh. Les dieux sont ainsi. Ils ne faut pas trop les agacer… et c'est toujours pareil avec les puissants quand on est petit.

Manque de chance, Gilgamesh est un demi-dieu, puisque sa mère était une déesse. Est-ce une manière subtile des grands sages  de la Mésopotamie qui ont inventé cette légende de nous murmurer que toute créature humaine possède une part divine en lui ? C'est une question, et chacun apporte la réponse qu'il souhaite. Notre demi-divinité Gilgamesh est cependant tellement puissante, qu'avec l'aide d'Enkidou, il parvient tout bonnement à neutraliser la bombe atomique lancée par Ishtar ! C'est cela qui déclenche la réaction des dieux pour le maintenir dans sa vie d'homme qui a encore des choses fondamentales à apprendre.

Mais pour revenir à ta question, admettons qu'Ishtar ait combattu Gilgamesh, elle l'aurait écrabouillé tout simplement. Aurait-il évolué ? Bien sûr que non.

Jules

Seriez-vous d'accord pour admettre que tous les efforts de Gilgamesh ont été réduits à néant à cause d'un moment de distraction?

 


Non ! Cette distraction passagère qui le fait sombrer dans le sommeil n'est qu'un procédé destiné à nous faire comprendre qu'il n'était pas prêt pour recevoir la " vie sans fin. "

L'épreuve de la résistance au sommeil, imposée par Outa-Napishti est un symbole. Ce n'est pas une épreuve héroïque qui se déroule sur le plan humain, mais une épreuve spirituelle. Elle renseigne sur l'état d'évolution intérieure de celui qui la subit.


Quel est le contraire de l'état de sommeil ? C'est l'état de veille. Celui qui veille est un être éveillé. Cela veut dire qu'il a les yeux ouverts, toujours ouverts. Et que voit-il ? Le monde dans ses détails les plus subtils, imperceptibles par ceux qui sont habitués à dormir. Les sages, les grands maîtres qui connaissent tous les dédales de l'âme humaine sont des êtres éveillés. D'eux, on peut dire qu'ils sont immortels, au sens où l'influence de leurs actions, de leurs enseignements leur survivent et se déploient longtemps après leur mort physique, traversent les siècles et les millénaires.


Que fait Outa-Napishti ? Il montre à Gilgamesh qu'il n'est pas capable de décrocher cette immortalité qu'il convoite, et qui lui permettra d'échapper à la même mort qu'Enkidou. Il n'a pas encore les compétences d'un homme éveillé.


Comprends-tu, cher Jules ?


Après cette rude leçon, notre Gilgamesh va continuer d'évoluer durement, et ce, jusqu'à ce qu'il comprenne enfin la grande leçon si difficile à accepter : l'homme, après être né, doit un jour mourir. C'est indiscutable et cela ne sert à rien de taper du pied en se mettant en rogne.

Et c'est bien parce qu'il finit par le comprendre que Gilgamesh, enfin, malgré sa mort physique devient un immortel, car son histoire de lutte contre… lui-même se raconte dans le monde entier depuis plus de 4000 ans, trouvant même le chemin de… Villenave d'Ornon, grâce à madame Coudougnan !

Milo

Pourquoi l'ensemble de vos œuvres met-elle en scène des personnages historiques ou mythologiques et non purement fictifs?


Ta question est en partie justifiée, en partie erronée, parce que tu ne connais pas tout ce que j'ai écrit depuis 35 ans. Mes premiers récits, publiés comme non publiés, étaient, comme tu dis, purement fictifs. Un jour, en 1992, j'ai eu l'occasion de récrire entièrement SINDBAD LE MARIN. Cela m'a énormément plu, car j'ai découvert que ce vieux texte était chargé de symboles cachés qui passaient inaperçus à la lecture, et qu'en les cherchant, puis en les décryptant, un sens qui orientait ma compréhension de l'histoire m'apparaissait. Et ce sens me révélait que ce conte n'était pas une vieille histoire, mais une histoire jeune, fraîche, actuelle et qu'elle me parlait de… MOI !

Je comprenais soudain ce que signifiaient tous ces voyages, tous ces naufrages, ce qu'étaient les richesses de Sindbad, pourquoi il racontait d'une manière si particulière son histoire à un auditeur, au point que j'avais l'impression d'être précisément cet auditeur privilégié (il s'appelle Hindbad). Hindbad, donc c'était moi. Et n'oublie pas de lire la réponse que je ferai à Romane de 6è1 !

Vous pourriez aussi facilement lire ce livre.


Après ce travail, l'éditrice pour laquelle je travaillais et qui appréciait ma façon de faire, m'a proposé de poursuivre dans cette voie avec Gilgamesh. C'est ainsi que j'ai découvert notre héros.


Autre chose maintenant.

Je n'aime pas que l'on sépare les choses comme tu le fais entre fictif et non fictif, ou comme on le fait souvent entre réalité et imaginaire, ou travail et plaisir. Les choses ne sont pas aussi tranchées et ne s'excluent pas l'une l'autre. Quand vous faites des catégories, parce que parfois il faut bien établir des distinctions, n'oubliez pas d'être nuancés et efforcez-vous de voir les liens qui unissent des éléments contraires en apparence. Ok ?

Vous lirez aussi ce que je vais répondre à Chloé de 6è 1. Vous voyez, moi aussi j'établis des liens entre les catégories...


J'ajoute que j'ai écrit récemment un roman historique, sorti en 2012 : 1212, la croisade des indignés, à partir d'une réalité historique sur laquelle on a tellement peu de renseignements que j'ai dû quasiment tout inventer.

J'ai également écrit un roman : La colère des hérissons (je vous mets en lien les réponses que j'ai faites à une lectrice de 14 ans qui me questionnait), publié en 2014, dont l'action se passe de nos jours et qui n'est pas du tout historique.



Voilà, chers Kilian, Kalyan, Quentin, Jules et Milo de 6è 5, ce que je peux répondre à vos questions.


Jacques


6è1 6è3