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Maj le 05/08/2017

Le chevalier Tristan le_chevalier_Tristan2.jpg

Editions Hachette, 2007

Couverture de François Baranger

Extrait

Les suites du combat contre Morholt

 

Extrait

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Questions d'Alexandra

Concernant la version du Livre de Poche Jeunesse, est-ce vous qui avez choisi les passages raccourcis ? Si oui, quelles ont été les motivations d'un tel choix et comment avez-vous procédé pour cette version ?


La version publiée dans le Livre de poche jeunesse procède de la volonté de mes éditrices, déçues de la performance commerciale de la version intégrale, de continuer à soutenir ce travail en lui donnant une autre chance. Cette version abrégée était conçue pour les collèges. Une édition spéciale pour les profs a même été publiée, augmentée d’une étude sur Tristan et Iseut écrite par le médiéviste Jean-Charles Huchet, et de fiches de préparation. Nous espérions ainsi attirer vers l’œuvre intégrale des lecteurs qui auraient apprécié la version abrégée et seraient curieux d’en savoir plus. Mais les choses ne fonctionnent jamais comme on l’espère et cette version abrégée a certainement été prise pour une version en soi.


Comment l’avons-nous conçue ? Deux critères principaux : elle devait obligatoirement intégrer les épisodes classiques, souvent traités par les programmes de l’Éducation Nationale, plus quelques autres, mais pas plus de 7 ou 8, et elle devait être brève, environ cent mille signes à plus ou moins dix mille. Entre ces épisodes un fil narratif, sur le ton du conte, devait résumer ce qui n’était pas développé et à assurer la cohérence de l’ensemble. Parce qu’il était hors de question de faire un simple collage à la débrouille-toi comme tu peux pour t’y retrouver, si tu en as envie !


J’ai eu du mal à trouver le ton et la bonne distance pour écrire ces résumés. Pour être sincère, j’en ai bavé ! Je voulais toujours trop en dire et Cécile a souvent repris mes copies en me poussant à plus de concision. Ma femme aussi, qui avait pigé l’esprit de cette version bien plus vite que moi. Mais je restais fixé sur mes deux amants, toujours dans l’émotion de leur compagnie et je considérais comme une offense d’expédier leur amour aussi rapidement, après avoir respiré leurs moindres palpitations, au diapason de leur tragédie. Mais j’ai fini par entrer dans ce tempo.


Néanmoins, j’étais heureux de cette nouvelle chance qu’on accordait à mes amoureux, vous pensez bien, et on ne peut plus reconnaissant à mes éditrices. J’étais en effet assez démoralisé de l’intérêt mitigé que mon travail avait suscité et des petites âneries convenues et paresseuses que certaines critiques avaient proféré.


Mais j’ai eu par la suite d’autres échos, de lecteurs plus avisés, bons connaisseurs des textes médiévaux, qui avaient clairement perçu le sens de ma tentative.

Aujourd’hui, la version intégrale est disponible en poche et j’en éprouve une grande joie.


Pourquoi avoir choisi de rédiger un roman historique et légendaire ?   

Pourquoi avoir choisi l’histoire de Tristan, en particulier ? (et pas un des chevaliers de la table ronde, par exemple)  

Pourquoi ne pas l’avoir intitulé Tristan et Iseut, comme la plupart des légendes ?


Je n’ai rien choisi. J’ai répondu à une proposition de mon éditrice. Le livre que vous avez entre les mains, « Le chevalier Tristan », est en réalité le petit frère d’un ouvrage beaucoup plus important : « Tristan et Iseut, jamais l’un sans l’autre », mon premier travail sur cette légende.

Une fois ce livre publié, nous avons décidé d’en faire une version plus courte, plus directement utilisable par les élèves de collèges, et qui retrace les grands épisodes de cette épopée.

L’histoire de Tristan et Iseut m’attirait par son côté romanesque, par l’action qui traverse cette histoire du début à la fin et par cet amour, vieux de huit siècles, qui continue de nous parler avec tellement de force.

 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu dans le personnage de Tristan ?


Son ombre et sa lumière. La lumière de sa fidélité à son oncle et l’ombre du mensonge qui va un jour la recouvrir. La fidélité du chevalier à son suzerain est une sorte d’amour, qui permet d’exprimer, par le dévouement, le don de soi, une aspiration intime de l’être. L’amour va bouleverser ce contrat entre Tristan et Marc, et apporter le conflit. Tristan, alors, va biaiser, organiser sa vie dans le mensonge, jusqu’à la griserie, accompagné par Iseut qui partage tous ses choix.

Son panache me plaît aussi et son enthousiasme, qui le font aller jusqu’au bout de ses décisions, avec force. Quel formidable détermination !


Tristan est-il, à votre avis, un héros à part entière ?


Tristan ne va pas sans Iseut la Blonde, sans Marc et sans Yseut aux Blanches Mains. A eux quatre, ils forment deux trios qui alimentent le conflit amoureux : Tristan, Iseut, Marc et Tristan, Iseut, Yseut. Quand Tristan quitte la Cornouailles pour l’Armorique où il rencontre Yseut aux Blanches Mains qu’il va épouser, celle-ci tient alors le rôle de Marc. Par sa manière torturée d’aimer, Tristan attire en permanence la complexité et le conflit.

 

De quelles sources vous êtes-vous inspiré pour votre roman ?


Des textes de deux auteurs du douzième siècle, Béroul et Thomas d’Angleterre. Ils passent pour être les premiers à avoir fixé par écrit cette légende qui était racontée oralement depuis longtemps et dont on trouve des traces, sous forme de récits qui lui ressemblent, aussi bien en Irlande qu’en… Iran ! J’ai aussi utilisé des textes du treizième siècle : « La saga de Tristan », une traduction en norvégien ancien du texte de Thomas dont il ne subsiste que des fragments et « Tristan et Iseut » de Eilhart von Oberg, un auteur allemand du treizième siècle. Et puis aussi, quantité d’ouvrages écrits par des médiévistes, spécialistes de la langue médiévale, de la vie quotidienne, de la chevalerie, ainsi que des textes littéraires du Moyen-Age (épopées, fabliaux, chansons de trouvères…) pour m’imprégner de l’esprit de cette époque.


Était-il facile de rédiger les passages merveilleux ?


Pas du tout ! Parce que le merveilleux nous transporte hors de la réalité quotidienne et qu’il risque, grâce à son pouvoir de séduction, de nous faire perdre le contact avec elle. Nos rêves sont essentiels. Purs produits de l’imaginaire, ils nous aident à réfléchir, à nous projeter dans d’autres réalités. Ainsi, ils nous aident à nous structurer. Mais ils font partie intégrante de nous. Voilà pourquoi, lorsque j’écris un récit à forte tonalité merveilleuse, je m’efforce toujours de me référer au réel, pour lui donner du sens. Faute de quoi je risque de verser dans une magie de pacotille. Le merveilleux doit être ancré, comme un arbre, dans du solide. Avez-vous déjà vu un arbre prendre racine dans du vide ? Il serait abattu au premier coup de vent. Le merveilleux gratuit, sans signification, est aussi fragile qu’un arbre sans racines. C’est pourquoi les récits empreints de merveilleux exigent prudence et attention, pour ne pas décrocher de la vie et conserver une vraisemblance qui nous concerne. L’astronaute, même quand il flotte en apesanteur dans l’espace, reste en liaison avec la terre.


Quel est, à votre avis, le sens de l’amour entre Tristan et Iseut ?


Comme il existe des chercheurs en biologie, en physique… Tristan et Iseut sont des chercheurs en amour. Ils en explorent tous les aspects, toutes les nuances : plaisir, attente de l’autre, souffrance de la séparation, partage de l’exclusion sociale, sentiment de solitude à l’égard de ceux qui suivent des chemins plus traditionnels… Tristan et Iseut sont des éclaireurs et beaucoup d’hommes et de femmes, à leur façon, leur emboîteront le pas. Ils sont à l’étroit, forcément, à l’intérieur des lois de leur époque. Pas étonnant qu’ils les transgressent. Mais cette transgression leur permet de créer une œuvre féconde. Ils la paieront de leur vie.

Amusez-vous à chercher, dans notre société contemporaine, des personnes qui, comme Tristan et Iseut, vivent, pensent, agissent d’une manière qui les place, pour l’instant, en dehors de la loi .


Y a-t-il, pour vous, une morale à ce « conte d’amour et de mort » ?


Je ne sais pas. C’est difficile de souhaiter à quelqu’un un amour pareil. Mais Tristan et Iseut nous racontent aussi une histoire d’hérédité. Leur amour ressemble à celui, fracassé, de Rivalin et Blanchefleur, les parents de Tristan. Tristan a repris cet amour, comme un héritage, et l’a porté plus haut.


Qu’appréciez-vous plus particulièrement dans le monde médiéval ?


Rien de particulier. Franchement, je préfère vivre aujourd’hui et je ne suis pas un adepte du « bon vieux temps ».

Dix questions d'élèves...

Dossier pédagogique