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Maj le 05/08/2017




Jacques Cassabois :

Je ne sais plus très bien comment les choses ont commencé. Je terminais un recueil de contes sur les fantômes. Je cherchais le sujet d’un nouveau travail et j’en discutais avec mon éditrice. Cela se passait fin mai 2009, autour du 30

Questions à propos de "Jeanne"

JC :

J’ai commencé par faire un premier tour de débroussaillage sur le net, puis j’ai acheté un livre. Le JEANNE D’ARC de l’historienne Colette Beaune. Un choix heureux. Cet ouvrage, qui n’est pas une simple biographie, mais qui met Jeanne, le personnage qu’elle était, l’espoir qu’elle apportait, son épopée, en résonance non seulement avec les habitudes de vie et les attentes de son époque, mais aussi avec les sources de la chrétienté, jusqu’à l’Ancien Testament, m’a vraiment passionné. Il m’a initié à Jeanne en me révélant l’ampleur des mystères qui l’entouraient. Ensuite, vous savez comment fonctionne toute recherche, une question appelle des réponses, contradictoires parfois, donc de nouvelles questions qui lancent de nouvelles recherches, et ainsi de suite jusqu’à ce que vous arriviez à reconstituer des faits, des enchaînements, à vous représenter à peu près clairement les épisodes d’une vie.

Au cours de cette navigation parmi les travaux des historiens, on est confronté à des interprétations parfois très différentes, opposées même. Cela oblige à diversifier ses sources d’information, à les recouper, pour en arriver à opérer des choix en s’appuyant sur les indices qui nous paraissent les plus crédibles.

Pour recréer la vie, il faut jouer sur deux tableaux. D’abord recueillir les éléments avérés, fondés, historiques, qui constituent l’armature des chapitres. Ensuite, habiller ce squelette de chair, et là, pas d’autre moyen que de puiser dans sa propre vie, de procéder par analogie entre des événements que l’on a vécus, des sentiments que l’on a éprouvés, qui se rapprochent de ceux du personnage dont on raconte l’histoire.

(jour de la fête de Jeanne d’Arc, d’après mon calendrier). Qui a évoqué Jeanne en premier ? Mon éditrice ? Moi ?... Ce dont je suis certain, c’est qu’avant d’entamer la moindre recherche, à la seule évocation de Jeanne, que je ne connaissais pas plus que la plupart de nos contemporains, j’ai immédiatement eu envie de me jeter dans ce travail.

Ce qui m’a attiré ? C’est très difficile de l’expliquer. Parfois, on se sent assailli par un personnage. Le nom de Jeanne d’Arc réveillait quelque chose en moi. Des souvenirs anciens, des émerveillements qui remontaient à mes années d’enfance. Mon école primaire, l’église de mon village où trônait une statue de la guerrière qui me fascinait, surtout son épée.

Quand ma propre enfance se mêle à mon travail d’écriture, j’en retire toujours un élan particulier. Je l’ai souvent remarqué. Comme si le projet en gestation m’offrait l’occasion de renouer avec l’être que j’étais alors. Comme si le livre que j’allais à écrire m’offrait la chance de poursuivre avec cet enfant-là une conversation que j’avais plusieurs fois interrompue et reprise, au fil des années.

Au défi : « Es-tu capable d’écrire ce livre ? », se superpose un autre défi : « Cet enfant ne t’a jamais quitté, mais toi, es-tu capable de le retrouver ? » Un appel à une certaine cohérence humaine .

 

(jour de la fête de Jeanne d’Arc, d’après mon calendrier). Qui a évoqué Jeanne en premier ? Mon éditrice ? Moi ?... Ce dont je suis certain, c’est qu’avant d’entamer la moindre recherche, à la seule évocation de Jeanne, que je ne connaissais pas plus que la plupart de nos contemporains, j’ai immédiatement eu envie de me jeter dans ce travail.

Ce qui m’a attiré ? C’est très difficile de l’expliquer. Parfois, on se sent assailli par un personnage. Le nom de Jeanne d’Arc réveillait quelque chose en moi. Des souvenirs anciens, des émerveillements qui remontaient à mes années d’enfance. Mon école primaire, l’église de mon village où trônait une statue de la guerrière qui me fascinait, surtout son épée.

Quand ma propre enfance se mêle à mon travail d’écriture, j’en retire toujours un élan particulier. Je l’ai souvent remarqué. Comme si le projet en gestation m’offrait l’occasion de renouer avec l’être que j’étais alors. Comme si le livre que j’allais à écrire m’offrait la chance de poursuivre avec cet enfant-là une conversation que j’avais plusieurs fois interrompue et reprise, au fil des années.

Au défi : « Es-tu capable d’écrire ce livre ? », se superpose un autre défi : « Cet enfant ne t’a jamais quitté, mais toi, es-tu capable de le retrouver ? » Un appel à une certaine cohérence humaine .

 

JC :

Votre question est difficile. Dans notre façon d’opposer toujours vérité et imagination, on sous-entend qu’imaginer est synonyme de mentir. Or, une scène reconstituée par l’imagination rendra parfois mieux compte, dans sa vérité, de la manière dont elle s’est réellement passée.

Mais qu’est-ce que la vérité ? Ce mot fait partie de ceux qui devraient toujours être employés au pluriel. Sauf à vouloir tromper délibérément, on n’exprime toujours qu’un petit fragment de vérité.

S’agissant des livres, on se demande souvent quand une histoire est très vraisemblable, si elle est vraie. Or, la vérité n’est pas dans les livres ; seulement dans la vie, au moment précis où les événements se déroulent, c’est-à-dire avant qu’ils ne soient métamorphosés en récits par le premier témoin qui les rapporte. À cet instant, on entre dans la transposition, dans l’à peu près de l’interprétation, car au témoignage, même s’il est rigoureux, se mêle inévitablement le point de vue du témoin.

C’est encore plus manifeste pour un récit historique. Un témoin reste un témoin, en butte à sa subjectivité. Un chroniqueur du XVè siècle a beau avoir été contemporain de Jeanne, il n’est pas une bouche de vérité pour autant. Il faut relativiser son témoignage en le situant. Pour qui écrivait-il ? Quel prince l’employait ? À quel parti appartenait-il ? Comparez aujourd’hui, un événement rapporté par un journal de gauche et un journal de droite. Parfois, la partialité vous sidère. Elle ne date pas de notre siècle.

Le travail méticuleux des historiens nous aide justement à replacer des témoignages historiques dans leur contexte, à les relativiser, à débusquer les erreurs involontaires ou volontaires qu’ils contiennent.

Cependant, quand vous bâtissez le squelette de votre chronologie, vous avez beau vous entourer de précautions, vous restez tout de même à la merci d’approximations et c’est encore plus évident lorsque vous y ajoutez votre mouvance humaine.

Sans compter que les historiens, pour avisés qu’ils soient, n’échappent pas non plus aux interprétations douteuses, voire aux erreurs.

Je vais vous donner un exemple auquel j’ai failli me laisser prendre.

Après la bataille de Patay, le 18 juin 1429, un des chefs de l’armée anglaise vaincue, lord Falstolf, s’est enfui en quatrième vitesse pour ne pas tomber aux mains des Français de Jeanne qui venaient de flanquer aux Britanniques la méga dérouillée de leur vie. En arrivant à Étampes, nous dit un historien, Falstolf fut accueilli par le régent Bedford (représentant du roi d’Angleterre en France), qui, furieux de sa lâcheté, lui arracha son insigne de la Jarretière (une décoration anglaise très importante). Or, en lisant un document anglais de l’époque, j’ai appris qu’en réalité, Jarretière, ici, n’était pas le nom de la médaille, mais du messager qui était en fait venu transmettre à Falstolf l’engueulade de son patron.

Conclusion, cette péripétie étant mineure, j’ai préféré l’ignorer. Mais on peut être confronté à des questions plus importantes. Par exemple, Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne au moment de la capture de Jeanne, a-t-il trahi ou pas ? A-t-il vendu Jeanne au duc de Bourgogne comme certains historiens le soutiennent ou non ? Ça !...

Je m’arrête là, espérant que ces quelques éléments concrets vous permettront de mieux apprécier combien sont parfois insaisissables les frontières qui délimitent le territoire de cette fameuse vérité.

JC :

Je ne suis allé nulle part. Je ne me suis rendu dans aucune ville johannique, pour reconstruire l’itinéraire de Jeanne. J’ai travaillé depuis mon bureau que je n’aime pas quitter, avec les outils de recherche à ma disposition.


Certes, vous avez dû voir sur mon site que je suis allé à Compiègne. J’avais alors terminé mon roman et je répondais à la proposition d’un ami écrivain et comédien, qui m’invitait à aller le voir jouer. Ce voyage à Compiègne ne m’a apporté aucune information qui aurait pu me faire défaut quand j’écrivais. En revanche, il a été un véritable choc affectif. Au point qu’une fois rentré, ému, j’ai éprouvé le besoin d’en écrire le récit. Il est lisible sur mon site, grâce à ce lien.