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Maj le 05/08/2017

Questions de Lilou

Jacques Cassabois :

J’ai commencé à écrire à 16 ans, parce que j’étais fasciné par les poèmes d’Arthur Rimbaud que j’apprenais par cœur. C’est Rimbaud qui m’a donné envie d’essayer d’écrire à mon tour. Je voulais l’imiter et même lui ressembler. C’est normal d’imiter. On commence toujours par imiter la personnalité des gens que l’on admire, pour découvrir ensuite que l’on a soi-même une personnalité authentique à développer. Rimbaud était un révolté et, à l’âge que j’avais, une révolte grondait en moi, comme chez beaucoup d’adolescents. C’est normal aussi, mais il faut travailler à apaiser ses tempêtes, ce qui n’est pas le plus facile. Bien sûr, je ne rêvais pas d’écrire des livres et je ne me doutais pas qu’un jour ce serait mon occupation principale.

Voilà ce que je peux répondre à ta question, si je veux t’obéir et rester court. Mais c’est en fait une question très complexe qui nous fait approcher de très près les motivations profondes de nos vies. Comme si, après avoir désossé ton ordinateur, tu te mettais en tête d’ouvrir le disque dur, qui est scellé par le constructeur. Tu imagines le boulot ?

Un jour que tu auras du temps (et pas de devoir de français à rendre dans un délai donné), tu iras sur mon site, grâce à ce lien.

Le texte s’appelle : « Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir écrivain. »

JC :

Tout ce que doivent ressentir les personnages de mes histoires. Je les habille de mes sentiments, de mes émotions et pour cela je puise dans mes souvenirs. Je sais que dans toute ma collection d’instants vécus, accumulés depuis que j’existe, je possède ce qui peut convenir aux personnages qui peuplent mes histoires. On connaît tout : amour, colère, jalousie, impatience, désespoir, chagrin, vanité, mépris, cruauté...  On a tout en nous, et en plusieurs exemplaires très variés. Il suffit de faire l’effort de chercher ce qui conviendra le mieux à nos personnages qui resteraient nus sans cela. Ensuite, tu adaptes par les mots.

C’est un peu comme si tu étais une réserve de costumes. Tu t’y rends chaque fois que tu en as besoin. Les enfants ne pensent jamais à pratiquer de cette manière quand ils ont des textes à écrire. Tu ne m’as pas dit dans quelle classe tu étais, mais peu importe, tu dois bien avoir de l’expression écrite. À la prochaine occasion, pense à aller puiser dans ta collection de souvenirs. Tu verras, les idées rappliquent alors au grand galop !

JC :

Je peux déjà te répondre : « Oui, quand je les écris. » Mais je les relis aussi quand je les ai terminés, lorsque mon éditeur prépare leur publication, au moment de ce que l’on appelle les épreuves de composition. Ah, qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est tout simplement le texte de l’auteur, composé et mis en page  dans la maquette du futur livre, dernière étape avant l’impression.

À ce stade de la fabrication, le texte a déjà été bénéficié de nombreuses relectures, dont celle d’un correcteur professionnel qui a traqué les fautes d’orthographe, les erreurs de syntaxe, les phrases bancales et incompréhensibles. Il reste toujours des erreurs et il faut être très vigilant. Donc, l’auteur reçoit lui aussi un jeu d’épreuves qu’il doit relire, pour revérifier une dernière fois son texte. Cela lui donne l’occasion de tomber sur des répétitions qui sont passées inaperçues, des erreurs de ponctuation, des phrases insuffisamment travaillées qu’il faut évidemment reprendre.

Donc, là, je relis. Pas moyen d’y couper.

Le mot « épreuves » est d’ailleurs bien choisi, car pour moi c’est une véritable... épreuve. Je trouve généralement mon texte détestable et nul.

Ensuite j’envoie mes observations à l’éditeur qui les prend en compte et qui fait un nouveau jeu d’épreuves. Le premier jeu s’appelle les premières et le deuxième, les secondes. Généralement, l’auteur ne les relit pas. C’est un simple ajustement. Mais moi, je veux suivre mon livre le plus loin possible et je demande à les relire. Je demande même que l’on m’envoie les secondes corrigées pour vérifier encore. Je viens juste de terminer ce travail pour mon futur roman sur la vie de Jeanne d’Arc, JEANNE, qui paraîtra en août.

C’est en relisant les secondes que je commence seulement à me détendre. Je trouve que mon texte tient debout, que mon travail est honorable. Il le faut bien, car comment continuer si on ne se respecte pas soi-même ?

Ensuite, je ne relis plus mes livres, sauf quelques paragraphes, de temps en temps, quand je suis très découragé, que je suis au bord de tout envoyer promener en me disant que je n’écrirai plus jamais. Alors, je reprends un livre que j’ai aimé écrire, je l’ouvre, je parcours quelques lignes. Je feuillette, je m’arrête sur une page, un peu plus loin. Cela me redonne une miette de confiance et je songe : « Tout de même, tu n’as pas rêvé. Tu as été capable d’écrire ces mots. Tu es toujours capable d’en écrire d’autres. Allez... »

JC :

Je poursuis ici, en quelques mots.

Soit cette relecture partielle m’aide à retrouver confiance et me redonne de l’énergie. Soit, elle m’enfonce d’avantage et me place hors d’atteinte de moi-même. Tu as déjà ressenti cela ? Avoir de toi le souvenir d’un instant où tu as été si bonne, que tu te regardes comme si tu étais une étrangère ?

C’est alors que la nuit tombe, obscure, impénétrable. Mais la nuit la plus profonde est toujours suivie d’une aurore. Il suffit d’avoir la patience d’attendre qu’elle se lève. La patience, une de nos plus grande qualité. Tu es patiente ? Moi, pas trop. Si tu en as trop, pense à m’en envoyer le jour où tu fais un peu de vide.

JC :

Non, pas tellement. Je lis beaucoup quand j’écris, mais la documentation nécessaire à mon travail en cours. Je retrouve quelques autres auteurs quand je commence à respirer et que je fais du ménage intérieur. Cela me permet de laisser monter l’idée de mon futur travail.