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Maj le 08/04/2021

- Pourquoi Prométhée ? m'ont demandé certains lecteurs qui connaissaient mon projet.

- Parce que j'ai croisé sa route en écrivant L'ÉPOPÉE D'HÉRACLÈS ! leur ai-je répondu. C'est ce dernier, en effet, qui libère de ses chaînes le Titan retenu prisonnier sur le Caucase.


Prométhée m'attirait par sa fougue, par sa rébellion fracassante, que Zeus avait sévèrement matée. J'ai eu envie de le connaître mieux et, aussitôt mon livre sur Héraclès achevé, j'ai poursuivi mon travail avec Prométhée.


J'ignorais que ce personnage ne se laisserait pas facilement approcher et, après quelques mois de recherches, j'ai tout arrêté… comme je l'avais fait pour Héraclès, des années auparavant.

Ce mythe est truffé d'énigmes, de variantes difficiles à accorder, d'incohérences également comme le sont souvent ces vieux textes, et je ne me sentais pas capable de résoudre ces difficultés.


Les mythes grecs n'ont pas été conçus d'une traite.

Ils se sont stratifiés au cours des siècles, se sont construits peu à peu, subissant l'influence des peuples qui ont envahi la Grèce au cours des siècles, et s'y sont installés avec leurs coutumes, leurs croyances.

Ils se sont aussi élaborés grâce aux auteurs qui, par leurs textes, nous ont façonné une image personnelle des héros et des dieux, leurs grandes voix se juxtaposant, sans souci de fidélité aux versions antérieures, et s'amalgamant pour former un ensemble.


Le mythe d'Héraclès, foisonnant, en est un exemple éclatant. Celui de Prométhée aussi, à ceci près qu'il est beaucoup plus sec.


Dix-huit mois et deux livres plus tard, je me suis à nouveau laissé attirer par Prométhée. Les mystères qui m'avaient rebuté s'étaient éclaircis et mon regard sur cette figure majestueuse avait changé.


Prométhée va évidemment de pair avec Zeus et je me suis rendu compte que pour comprendre les enjeux de la joute féroce qui les a opposés, il fallait remonter la généalogie de ces deux entités majeures du panthéon jusqu'aux origines du monde telles que la Grèce les concevait.


En effet, après Ouranos qui a posé les fondamentaux du cosmos, après Cronos qui les a fait mûrir (le sens de la dévoration de ses enfants), Zeus, occupant à la tête de l'univers une place préparée par ses père et grand-père, vient parfaire la Création pour lui permettre de poursuivre son expansion.

Prométhée, à l'inverse, n'est tributaire d'aucun héritage, d'aucune contrainte. Il est libre. Il n'est pas non plus un être de pouvoir, ni un gestionnaire. Il est un génie compulsif, obsédé par l'exploration de l'infini, pétrissant l'insaisissable matière de l'absolu, comme ces mathématiciens, (Alexandre Grothendieck, mort en 2014, est le dernier de ces foudroyants), dont on découvre après la mort des spéculations qui prennent à bras le corps les énigmes de l'univers et qui nécessiteront, pour être élucidées, des décennies de travail aux plus doués de leurs successeurs.

  

Prométhée ne se soucie pas le moins du monde d'organiser ses découvertes, ni de leur trouver des applications. Sa liberté le rend imprévisible et c'est en cela qu'il constitue un danger pour Zeus.


C'est pourquoi, lorsque le maître de l'Olympe a définitivement assis son pouvoir, les deux monstres sacrés ne peuvent plus cohabiter. L'un des deux doit s'effacer et se soumettre.

Le statut des hommes par rapport aux dieux, le vol du feu, la transmission des Arts et des Sciences à la jeune humanité, la création de la femme - la fameuse Pandore -, sont autant d'étapes de l'empoignade qui a opposé Prométhée à Zeus, son cousin, jusqu'à l'épreuve de terrible prise de conscience au sommet du Caucase.


C'est cette histoire que j'ai racontée.


Jacques Cassabois

Editions Livre de Poche Jeunesse

Couverture de Hélène Builly

Prométhée couverture.jpg Prométhée le dernier Titan

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Prométhée le dernier Titan

Rencontre avec une classe de 6e

01 Ouranos Gaïa.JPG

Généalogie Ouranos – Gaïa

Pierre GRIMAL

Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (p.460)

Puf 1951

Pourquoi n'avez-vous pas développé davantage le personnage de la femme

de Prométhée ?

Ce personnage aurait pu le conseiller et l'aider dans la création des éphémères par exemple.

Prométhée le dernier Titan.jpg





Très fine, votre question.

Je n'ai pas développé Célaeno, la femme de Prométhée parce que le mythe ne l'a pas fait. Elle sert juste à donner une descendance à Prométhée. Une fois que c'est dit, elle disparaît. Et hop !

Mais vous n'avez pas tort d'imaginer qu'elle aurait pu aider Prométhée, sauf que les auteurs du mythe (qui sont inconnus) en avaient décidé autrement. La Création devait commencer par un être double, qui pouvait se reproduire sans partenaire et Prométhée était capable de confectionner ce prototype sans l'aide de personne.


Voilà ce qui était décidé… provisoirement, pourrait-on ajouter. Car la séparation entre un être totalement masculin et un autre, totalement féminin, était prévue dans un second temps, après le Déluge qui avait effacé la première humanité pour la remettre à neuf. Et si vous vous reportez à la page 236 de mon livre, vous découvrez que Pyrrha a eu la même idée que vous quand elle dit à Deucalion :

  À quoi servirait d'avoir tout remélangé, s'il faut pétrir la jeune pâte avec de la vieille farine. Tu as mieux à faire que d'imiter ton père. Créons ensemble notre modèle d'humains. Prométhée était seul. Nous sommes deux, armés pour réussir. (p. 132)

Et voilà Pyrrha, mettant, si j'ose dire, la main à la pâte, devenue partenaire de son Deucalion, à égalité avec lui ; une égalité qui ne date pas d'aujourd'hui, comme vous le voyez, puisqu'elle remonte au Déluge ! Partenaire ingénieuse, intelligente et créatrice, qui donna naissance à la partie féminine de l'humanité, pendant que Deucalion s'occupait de la partie masculine.

Et dire que certains hommes, aujourd'hui, n'ont toujours pas accepté cette égalité millénaire entre les hommes et les femmes ! Saperlipopette, ils ont la tête dure !




Je voudrais maintenant revenir sur ma réponse à la question posée par Ruben, la 6 :

Avez-vous eu besoin de vous inspirer d'un autre mythe, d'une autre version ?

Souvenez-vous, je vous ai lu l'extrait d'un texte d'Homère qui affirmait que c'était le dieu Hermès qui avait fait le premier feu et qu'il avait enseigné comment s'y prendre, en faisant tourner à toute vitesse l'extrémité d'une branche de laurier dur sur un bloc de grenadier tendre.

Je vous ai dit que j'avais repris cette idée pour décrire comment le premier homme avait mis à profit le feu offert par Prométhée pour créer le sien (p. 130). Et page suivante (131), j'ai montré l'homme, emporté par son enthousiasme, prendre feu à son tour et se transformer en flambeau humain.


Je n'avais pas eu le temps d'aller plus loin, mais j'avais prévu de vous en parler en vous montrant la photo d'une gravure rupestre datant du mésolithique (environ 10000 ans avant notre ère).

 

Cette gravure fait partie d'un ensemble découvert dans des grottes de grès de la forêt de Fontainebleau, non loin de chez moi. Elles ont fait l'objet d'une exposition que je suis allé visiter, au musée de préhistoire de Nemours.

C'était en décembre 2016, j'étais en pleine écriture de Prométhée et ces hommes du mésolithique m'attiraient. Ils me rappelaient ceux créés par le Titan et je suis allé les voir, espérant glaner quelques idées.


Ah, je ne croyais pas si bien dire ! J'avais à peine commencé ma visite que j'ai reçu un véritable choc. Une photo d'un rocher gravé, qui occupait tout un mur du musée, m'avait littéralement cloué au sol.

Elle représentait la silhouette d'un homme nu, portant un pagne en fourrure. Du chat sauvage, pensent les paléontologues.


Motif anthropomorphe  Buthiers 77.JPG

Motif anthropomorphe – photo Emmanuel Breteau

(rocher de la Vallée aux Noirs - Buthiers 77)

Comme vous le voyez, la tête de l'homme est surmontée d'une figure qui a été interprétée comme étant une coiffe de plumes ou... des flammes qui jaillissent de son crâne ! Inutile de vous dire que, devant cette image qui me donnait des frissons, c'était des flammes que je voyais. J'avais l'impression d'être tombé nez à nez avec un des fils de Prométhée.

Mais le plus extraordinaire, c'est que cette image illustrait carrément le passage de mon homme flambeau, que j'avais écrit plus d'une semaine AVANT de visiter cette expo.


À bout de forces, l'éphémère hoquette et grogne. L'insatiable glouton l'assaille et le ronge à son tour. L'homme, changé en forge, interpelle les siens, réclame davantage de combustible : lichens, mousses, brindilles. Debout, allons ! La vieille vie se consume, de nouveaux temps s'annoncent !

Les dormeurs se dressent en sursaut, découvrent leur frère incandescent dont la tête est couronnée de flammèches. Ils hurlent, partagés entre stupéfaction et épouvante, interloqués de voir que le bois inerte a accouché du feu grâce à la magie de l'un d'entre eux, qui s'est transformé en flambeau. (p. 130.131)

Je n'en revenais pas. J'avais l'impression de contempler un très très vieil ami qui m'avait soufflé, à travers le dédale des millénaires, comment parler de lui. Peut-être m'avait-il aussi suggéré d'aller voir cette expo, souriant de la sacrée surprise qu'il me réservait.


Mais comment pouvais-je décrire une chose que je n'avais jamais vue, que je ne connaissais pas ? Vous avez une idée ? J'aimerais bien savoir ce que vous en pensez ! (Maxime)

FERULE.JPG

Touffe de férule

C'est la tige creuse de cette ombellifère que Prométhée utilisa pour atténuer

 le rayonnement divin du feu de l'Olympe pendant son transport vers la terre,

afin qu'il soit utilisable par les hommes.

Maintenant, vos trois dernières questions. Elles sont faciles !

Pourquoi avez-vous choisi cette illustration pour ce livre ?

Parce qu'elle me plaisait et qu'elle plaisait aussi à mon éditrice qui m'avait demandé ce que j'en pensais.

Votre avis sur votre livre a-t-il changé de 2017 à 2020 ?

J'ai relu mon livre avant notre rencontre. Depuis plus de trois ans que je l'avais écrit, je ne m'en souvenais plus très bien, et comme j'avais le trac de vous rencontrer… il fallait que je révise ! Bilan de ma lecture ? Mon avis n'a pas changé.

J'ai eu du mal à écrire ce livre. J'ai arrêté une première fois après plusieurs mois de travail, soulagé de laisser tomber et pensant ne jamais y revenir. Puis je l'ai repris pour une nouvelle étape de plusieurs mois.

En me relisant, j'ai retrouvé des situations que j'avais oubliées. Je me suis même demandé comment je m'en étais sorti, et j'ai été bien étonné de retrouver les solutions que j'avais inventées. Donc, oui, je suis satisfait du résultat.

Lorsque je travaille sur un nouveau sujet, les détails de mes précédents livres s'effacent de ma mémoire. Cela surprend toujours les élèves à qui j'en parle et qui ont tendance à croire que je connais mes livres par cœur. Peut-être êtes-vous aussi dans ce cas ?

Pourquoi donnez-vous d'autres références de livres dans certaines phrases ?

Ces références sont des pistes pour guider les lecteurs qui voudraient avoir plus de détails sur le sujet évoqué. Les deux pistes que j'ouvre renvoient, l'une comme l'autre, à mon livre L'épopée d'Héraclès, le héros sans limites. Vous vous souvenez, je vous avais dit que c'était en écrivant Héraclès que j'avais eu l'idée de m'intéresser à Prométhée.


La note de la page 81 fait allusion à la déesse Héra et à Héraclès. Vous remarquez la similitude de ces deux noms qui ont la même racine. Héra, " épouse " officielle de Zeus, signifie " protectrice " et Héraclès, " gloire d'Héra ". Au bout de son long parcours d'obstacles et d'épreuves, Héraclès fera, en effet, la gloire d'Héra.

Mais Héra, de quoi est-elle la protectrice ? Du plan de vie que Zeus a conçu pour Héraclès et elle veille à ce que le héros l'accomplisse en obéissant aux règles imposées. C'est donc une protection sévère et même intraitable qu'elle exerce. Quand Héraclès s'en écarte, il se fait corriger rudement. (Léo B.)


La note de la page 143, elle, se réfère à l'art du tissage qui est un symbole de la création du monde. Par cet art, qui était la spécialité des femmes, la tisserande refait cette création d'une manière symbolique.

Héraclès, à un moment de sa vie, va devoir apprendre ce travail et il ira jusqu'à s'habiller en femme pour mieux intérioriser la nature féminine.


Dans mon livre, j'ai développé en détail cet aspect et, aujourd'hui, quand je rencontre le tissage dans une histoire que je récris, je ne peux pas m'empêcher de penser à Héraclès, le grand maître de vie. Alors, je pose une note de bas de page pour essayer d'aiguiser la curiosité des lecteurs. (Samuel)


Chers amis du collège André Malraux


D'abord, laissez-moi vous remercier pour notre rencontre du vendredi 18 décembre qui fut très réussie grâce à votre travail de préparation. Mon livre sur Prométhée n'est pas très facile et vous vous êtes montrés studieux et vaillants (Mathieu). Vous me faites penser aux héros des contes qui rencontrent toujours des obstacles sur leur chemin et qui parviennent au bout de leur quête, parce qu'ils se révèlent capables d’en triompher.

On peut dire que vous aussi vous êtes engagés dans une sorte de quête, quête de votre vie, et que votre année de sixième constitue une des épreuves dont vous avez à triompher. (Inès)

Vous vous êtes bien tirés de celle que madame Daniel a placé sur votre route en ce premier trimestre. Bravo !

Et parce que j'ai passé un excellent moment avec vous, j'ai envie de le prolonger en répondant à certaines de vos questions que nous n'avons pas eu le temps de traiter.

Celle-ci, par exemple, la 11 :


Voilà, mes chers amis du collège André Malraux.


Vous trouverez ce courrier à la rentrée, aux bons soins de madame Daniel. (Nathan et Artus)


Pour l'instant, je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année, oui, très bonnes justement parce qu'elles sont totalement inédites cette année et même si elles seront passées quand vous me lirez. Souvenez-vous que la joie la plus intense n'a pas besoin de gesticulations et de hauts cris. Elle est capable tenir dans le creux d'une main.

Surtout, soyez prudents, méfiez-vous de ce satané virus qui est malin comme un singe et rusé comme un renard. Il ne cesse de muter et se trouve toujours où on ne l'attend pas.


Je vous embrasse tous, mon masque bien accroché à mes oreilles évidemment, en vous souhaitant une année à venir exceptionnelle de découvertes et d'émerveillements. (Yanis)


Jacques

Laigle-fili.jpg

L'aigle du Caucase qui, une fois sa tâche accomplie, a trouvé refuge sur la côte sud de Quiberon où je l'ai retrouvé.

Courant janvier, mon envoi de décembre reçut 28 lettres de réponse ! Le jackpot ! Connaissez-vous un seul investissement qui vous rapporte en un mois 28 fois le capital placé ? Les taux d'intérêt rapportés par l'investissement dans les écoles sont parfois totalement imprévisibles !


Evidemment, je n'ai pas pu moins faire que de répondre aux enfants.


Après les extraits parsemés plus haut, en voici d'autres :


Chama et Lisa, Chloé, Htoo, Jairus, Kayla, Léandro, Lina, Liloye, Mohammed et Charlie,

Oren, Raphaël, Romain, Ruben A, Thomas, Tiguidanké.


Puis des extraits de ma réponse, incluant de nouveaux échos des voix des enfants :



D'abord, commencer par l'essentiel : MERCI ! Merci de vos lettres bien reçues, bien lues et qui m'ont touché.


Vous vous êtes appliqués, cela saute aux yeux, et les sentiments qui vous habitaient lorsque vous prépariez votre papier, tiriez des lignes pour écrire droit, et vos efforts de calligraphie, votre attention à l'orthographe, votre volonté d'exprimer des idées personnelles (Dior), composent, en marge de vos lettres, des textes invisibles qui parlent de vous.

Le saviez-vous ?

Je crois que non, et si je vous le dis c'est pour que vous pensiez à cette évidence : vos gestes, vos actes, vos silences, vos regards, vos pensées qui vous font tricoter les mots, écrivent une histoire imperceptible, griffonnée à l'encre de vos cœurs. C'est une musique d'accompagnement, unique parce que vôtre, et que seuls entendent les êtres attentifs et sensibles. Ce que vous étiez quand nous nous sommes rencontrés.


[…]


Dans les films et dans les feuilletons, les visioconférences fonctionnent parfaitement, synchronisées aux petits oignons, fluides, et les dialogues… du tac au tac, sans décalage entre les lèvres qui bougent et le son des mots.

Mais la vraie vie, vous le savez bien, c'est pas du cinéma !

Sur mon écran, je vous voyais petits, sages comme des images. Je ne vous entendais pas bouger, ni respirer, ni sourire. Même pas le frottement de vos bras sur vos tables, ni celui de vos jambes qui s'enroulent autour de vos pieds de chaises, ni les stylos qui tombent, ni les froissements de vos feuilles de papier. Sans parler de ces sacrés fichus masques qui dissimulaient toutes vos expressions (Emma).

On ne dirait pas, mais quand on parle à quelqu'un dont on n'aperçoit que les yeux et le front, il nous manque le langage de son corps, le souffle de sa vie et cela crée un vide, surtout à distance. On n'est pas sûr qu'il va bien comprendre ce qu'on lui dit.

C'est pour cette raison que je vous parlais beaucoup. Pas pour bavarder, mais parce que je craignais que certains de mes mots se perdent en route. Vous imaginez cela ? Des mots-petits-Poucets perdus dans la forêt lointaine et qui demandent leur chemin à l'ogre ? Ah non, pas d'accord ! Je voulais être sûr que tous arrivent à bon port pour que vous me compreniez bien.


[…]


Mais on était tellement bien ensemble, qu'on n'a pas vu le temps passer, et la sonnerie, d'un seul coup d'un seul a dit : STOP ! TERMINÉ ! HEURE SUIVANTE ! ZOU ! (Ruben C.)

Misère de misère ! Et vous voilà disparus, emportés par vos petits au revoir de la main. On aurait dit des battements d'ailes qui vous transformaient en oiseaux de paradis. Froutt ! Froutt Froutt ! Déjà perchés sur un autre arbre de la connaissance…(Candice)

Puis le silence s'est posé sur le CDI et j'ai coupé la connexion. Je me sentais tout drôle. Content de vous avoir parlé, mais déjà mélancolique. Et c'est alors que ma machine à reproches a commencé à bougonner :

" Oui, mais… "

Quand elle commence par " oui, mais ! ", c'est toujours mauvais signe.

" Oui mais, tu aurais dû dire ceci ! Et tu n'as pas pensé à cela ! Et la photo de l'homme-flambeau, cet enfant de Prométhée gravé dans les grottes de la forêt de Fontainebleau. Hein, c'était bien la peine de l'avoir préparée ! Zut alors, mais c'est pas possible, ça ! Il faut toujours que tu oublies quelque chose ! Fais une liste, bon sang de bonsoir ! Fais une liste ! "


Ça bardait ! Et moi je m'en voulais de mon étourderie.


Heureusement, madame Daniel m'a écrit le jour même, à la tombée de la nuit, pour me donner ses impressions. Ouf !

Écrire ?

C'est un acte magique, vous le savez.

L'écriture a le pouvoir de ranimer ce qui repose dans nos mémoires.

Elle rapproche ce qui est lointain, fait jaillir ce qui est enfoui, réveille ce qui est inerte.

Elle parvient même à ramener à la vie ceux qui ont disparu à jamais...


[…]


Il y a quelques jours, une grande enveloppe cadeau m'a apporté le trésor de vos lettres et, grâce à cet autre miracle, jumeau de l'écriture, la lecture, je me suis senti récompensé de vous avoir parlé. (Léo H.)


Jacques