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Maj le 18/11/2019

Antigone 256 ANTIGONE couverture.jpeg

Livre de poche jeunesse, 2019

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antigone256.jpg

Editions Hachette, collection

Black Moon, 2007

Extrait

256 ? Pourquoi 256 ?

Dossier pédagogique

La couverture 2019

L’avis de deux amis lecteurs aguerris

Les héroïnes vues par les hommes

La couverture précédente, élégante, noire, éclairée par la tunique de l’héroïne, nous montrait une Antigone incandescente. La couverture de cette nouvelle édition nous révèle son humanité vibrante.

Lorsque Nicolas Carmine, responsable artistique chez Hachette Romans, auteur de cette version, inspiré par une intuition subtile, m’a envoyé son projet, j’en ai frissonné d’émotion. Antigone m’apparaissait soudain, dévêtue de son inflexibilité d’icône, métamorphosée en... femme. Une femme sensible, d’une délicatesse transparente, presque frêle, sous laquelle perçait une force imprévisible prête à se déchaîner.

Son regard qu’elle glisse vers l’arrière, vers le passé,  comme pour voir qui l’accompagne encore, semble dire :

— J’ai choisi et vous n’y pouvez rien. Si vous me suivez, c’est à vos risques et périls. Je ne suis plus d’ici.

Si Créon avait pu voir ce regard-là, il aurait peut-être hésité à affronter sa nièce. Mais sans affrontement pas de mythe et Antigone n’existerait pas.

L’autoritarisme de Créon l’a aveuglé, comme il aveugle tant de ses épigones.

Souhaitons à tous les tyrans d’aujourd’hui, que la médiocrité ne hissera jamais jusqu’au mythe, la même déchéance que lui.


JC

Quelques avis d'amis sur ma version d'ANTIGONE, amis qui sont aussi des lecteurs aguerris, c'est utile les amis ! Je les ai reçus lors de la première publication de mon livre, intitulé alors ANTIGONE 256 *. C'était en 2007.


Celui-ci, de Jean-Paul COLIN qui a réagi rapidement

Agrégé de lettres classiques, docteur d'État, ancien  professeur de linguistique à l'université de Franche-Comté, auteur de romans et aussi de nombreux dictionnaires tels que : Robert des difficultés du français (Robert), Dictionnaire d'argot (Larousse), Le dico du cul (Belfond), Dictionnaire des parlers Comtois (Cêtre Besançon).

Né comme moi, quelques années plus tôt, dans le Jura, Jean-Paul sur le deuxième plateau, moi sur le premier, mais tous les deux sur des planchers à vaches !



Le 29.08.2007

Cher Pays,


J'ai bien reçu, et lu avec intérêt, ta version relookée de cette toujours jeune ANTIGONE !  Bravo ! Un peu de "morale" ou plutôt d'éthique au plus haut niveau, ça ne peut être que profitable pour nos chers cancres  vivant un peu beaucoup (trop) dans le virtuel. L'histoire ancienne, comme elle est présente et concrète ! C'était une gageure pas fastoche de "traduire" ce drame antique en un langage accessible à tous.

Malheureusement, je ne peux me pointer pour le grand anniversaire (**), mais j'espère pouvoir participer avant la fin de l'année à une soirée à La Lucarne, comme me le propose très gentiment notre libraire préféré, Loulou Armel !…

Bien amicalement,

Janpol


(*) Lors de la première édition, j'avais commis la maladresse de ne pas expliquer le titre Antigone 256. Je l'ai précisé par la suite sur mon site, avant de le modifier en Antigone tout court, lors de son passage en poche, puis en Antigone l'insoumise à l'occasion de la troisième édition et pour longtemps. Ouf !

(**) Il s'agissait du premier anniversaire de la librairie La Lucarne des écrivains, dont Jean-Paul était aussi membre fondateur.


Et celui-là d'Armel LOUIS

Armel est le libraire de la Lucarne des écrivains, que nous avons fondée ensemble, sous la houlette de Claude Duneton, qui a ouvert ses portes en septembre 2006, et qui continue à tenir tête aux vents furieux et aux marées débordantes des supermarchés du livre.

Armel est l'auteur du foisonnant et inégalé Dictionnaire des rimes et assonances, publié en 1997 dans la collections Les usuels du Robert, et sans cesse réédité depuis.



Le 10.09.2007

Bonjour Jacques !


J'ai trouvé il y a quelques jours un livre noir  à la couverture sobre et élégante signé Cassabois au comptoir de ventes Hachette de Vanves et c'est comme ça que j'ai découvert ton bouquin tout fraîchement imprimé.

 Je ne connaissais pas l'histoire d'Antigone (ni des 255 épisodes précédents ?) ** et j'ai donc découvert, l'esprit frais, ta version. J'y ai retrouvé ta patte, notamment ce goût pour la description des combats ou des luttes intérieures, j'y ai découvert aussi ta verve poétique, j'y ai vu accentué ton tempérament tragique qu'on apercevait déjà dans Tristan. Un récit plus une pièce plus un poème plus un roman plus une épopée plus un chant avec une puissance, une clarté, une vivacité, une vérité, une cruauté, une simplicité qui m'ont touché droit au cœur.

De faire d'Antigone une adolescente (et non pas une gamine comme Anouilh que j'ai commencé à lire), une adolescente courageuse voire entêtée mais aussi sujette au doute dans un monde féroce et lâche. De cerner chaque personnage dans son jusqu'au-boutisme et dans sa pensée magique. D'avoir prolongé ce conte antique vers notre société, notre vocabulaire, notre mentalité sans en déformer l'essence, voilà ce qui m'a paru formidable.

 Je comprends maintenant tes tâtonnements et tes craintes du début d'écriture que tu m'avais évoqués il y a quelques mois car tu as là un personnage et une histoire formidables (dans le sens hugolien du terme) qu'il fallait mener avec délicatesse et précision.

 Armel

En 2013, dans le cadre du mois de la femme, les animatrices du site du Livre de poche jeunesse, m'avaient questionné à propos d'Antigone et de Jeanne d'Arc, sur le thème : les héroïnes vues par un homme.

Je profite de la réédition d'Antigone pour remettre en avant cet échange en l'actualisant.

Je ne les ai pas choisies. Ce sont elles qui se sont imposées à moi.


Parmi toutes les femmes emblématiques qui ont marqué l'Histoire, pourquoi avoir choisi Jeanne et Antigone ?


Il y a beaucoup de points communs entre Antigone et Jeanne d'Arc. En effet, ces deux héroïnes se battent pour l'honneur d'un homme : un frère pour Antigone et un roi pour Jeanne.  De plus, dans leurs combats respectifs, ces deux héroïnes se retrouvent seules face à un monde d'hommes.  Était-ce un choix volontaire d'écrire sur ces féministes avant l'heure ?

Jeanne se bat pour un roi, certes, mais poussée par une injonction divine. Antigone se bat pour un frère, poussée par une injonction morale, dictée par le respect d'une croyance. N'omettons pas ces réalités qui puisent à la source de la spiritualité.

Seconde précision, si elles sont toutes deux des femmes qui luttent dans une société réglementée par les hommes, leur courage, s'il peut évidemment inspirer et servir de référence aux femmes contemporaines, n'avait rien de féministe, ni avant l'heure ni après.

En effet, l'une et l'autre accomplissent un devoir. L'une et l'autre sont des instruments du sacré.

Jeanne affirme la prédestination de sa vie qui la met au service d'une mission que sa tâche de vivant lui commande d'accomplir. Antigone impose l'idée que les lois de la conscience surpassent les lois de la cité et que celles-ci sont tenues de respecter celle-là. Ce débat est loin d'être clos.

Voilà les questions qu'elles m'ont renvoyées en plein cœur. La manière d'être de ces héroïnes, intransigeante, pugnace, lumineuse, désespérée, télescopait ma vie. Je me suis senti pris à parti, renvoyé à moi-même, à mes choix, comme n'importe quel être humain peut l'être, qu'il soit homme, qu'il soit femme.

 Antigone et Jeanne, vous l'avez dit, mènent leurs combats en solitaires. Ce sont des femmes libres, ni affiliées, ni encartées. Elles sont maîtresses de leurs décisions qu'elles bataillent à imposer. Elles ne sont tributaires d'aucune ligne politique. Elles rendent compte à la transcendance (pas celle des footballeurs qui, paraît-il, se transcendent !) C'est d'ailleurs leur indépendance qui les a perdues, l'une comme l'autre.


Comment comprend-on et retranscrit-on, la psychologie de ces femmes insoumises lorsqu'on est-un homme ?

Je crois que la part masculine de ma personnalité est heureusement flanquée d'une part féminine avec laquelle elle fait bon ménage. Il ne m'était donc pas difficile de puiser dans les réserves que j'avais sous la main. Quant à l'insoumission, le monde en général, et notre pays en particulier, nous offrent chaque jour, et depuis longtemps, de multiples occasions de ruer devant le mépris insultant et totalitaire des décisions prises par ceux qui nous gouvernent.

Maintenant, ai-je retranscrit la psychologie des ces femmes insoumises ? Je suis mal placé pour en juger.


Quelle est votre héroïne littéraire préférée ?

Une ? C'est peu. En plus de Jeanne et d'Antigone, j'en ai trois autres.

Iseut, dont j'ai récrit le détail des amours avec Tristan.

Héloïse, à laquelle Christiane Singer a consacré un roman magnifique : Une passion, entre ciel et chair (éditions Albin Michel).

Enfin, moins connue que les précédentes, Omphale, la reine de Lydie. Omphale, qui apprend à Héraclès une qualité qui ne faisait pas partie de son programme d'évolution en douze Travaux : devenir une femme, et ceci en apprenant à pratiquer deux activités majeures, jadis l'apanage des femmes : le filage et le tissage, métaphores de la création du monde, de l'influence que l'homme exerce sur lui et de l'occasion offerte à chacun de s'y inscrire.

J'ai développé le sens symbolique de ces deux activités dans mon livre Héraclès, le héros sans limites.

Héraclès, en un an, accomplit ce nouveau tour de force véritablement herculéen, moins connu que ses luttes contre le Lion de Némée (terrasser l'ego) ou l'Hydre de Lerne (dépolluer sa source de vie), etc.


Si vous deviez écrire l'histoire d'une autre femme emblématique, laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?

Je n'en sais rien et je n'ai pas besoin d'y penser. Celle à laquelle je m'intéresserai, amoureuse ou guerrière, se placera un jour devant moi et je sais d'avance que je la suivrai.


Le mot de la fin pour toutes les femmes qui vous lisent ?

Les combats menés par nombre de femmes sont des combats pour la dignité humaine qui nous concernent tous. Toutefois, la combativité des féministes patentées à dénoncer certaines agressions contre les femmes n'a souvent d'égal que leur empressement à en occulter d'autres.

Par exemple, je n'entends pas souvent les amazones du féminisme s'insurger contre la GPA qui va faire du corps féminin un espace marchand, au nom de l'ignominieux droit à l'enfant. Je n'entends pas davantage leurs protestations contre l'état de dépendance et d'immaturité qui continue à maintenir les musulmanes pratiquantes sous la tutelle des hommes à qui une loi archaïque donne tout pouvoir sur elles.

Les femmes ont un sens aigu du concret. Pourquoi ? Est-ce parce qu'elles portent les enfants, les mettent au monde, pourvoient à leur nourriture, à leur éducation, affrontent mille contraintes quotidiennes ?... Elles ont en tout cas un sens viscéral de la vie, et ce sont chez elles que l'on rencontre le plus souvent des êtres chez qui la compassion et la force de consolation côtoient la combativité la plus résolue. Celles-là m'impressionnent beaucoup plus que celles qui, à force de mimétisme avec les hommes, deviennent plus mâles que les mâles.

 ui, je sais, le texte ne livre aucun indice qui permette de comprendre et je ne me voyais pas expliquer dans un avertissement au lecteur, le sens de ce titre qui a étonné - peut-être irrité - certains d’entre vous.


C’est très simple. Je cherchais comment intituler mon livre. C’est toujours un casse-tête pour moi qui récris des textes du patrimoine. Comment faire allusion au texte original, en ajoutant ce petit rien qui ajoute ma couleur particulière.


Je pensais à l’Amphitryon 38 de Jean Giraudoux, mais je ne n’avais aucune idée du rang de ma version. Georges Steiner, dont le livre Les Antigones m’a beaucoup aidé, dénombrait à l’époque où il l’écrivait (publié en 1984 à Oxford et en 1986 à Paris) plus de deux cents versions de l’œuvre de Sophocle. J’étais donc, en 2006, au moment où je l’écrivais, largement au-delà, mais sans savoir où exactement. Et il n’était pas question d’affirmer une position au hasard.


C’est alors qu’un vieux souvenir s’est campé devant moi. Un souvenir au goût complexe, composé de plus d’amertume que de douceur : celui de mes années à l’internat du lycée Rouget-de-Lisle, à Lons-le-Saunier. Et ce souvenir me servait un nombre sur un plateau. 256, mon numéro de pension, que ma mère, comme toutes les mères de pensionnaires, avait cousu dans mes vêtements.


256. Ce numéro, c’était moi, avec mes pleurs d’enfant et mes chahuts d’adolescent, mes stratagèmes pour donner le change, endosser des personnalités où je flottais comme dans des vêtements trop amples, mes espoirs fiévreux et l’implacable réalité qui me ramenait à la modestie de mes apprentissages.


Voilà ce que 256 me murmurait. Mais comment avoir l’impudeur de le laisser parler ? C’est pourquoi j’ai préféré me taire pour ne pas me faire remarquer. Un vieux réflexe de pensionnaire, sans cesse tenu au silence et surveillé. L’ombre du surveillant général planait encore sur moi. Sauf qu’en l’occurrence, ne rien dire était le meilleur moyen de ne pas passer inaperçu.