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Maj le 12/11/2017



 



 



Correspondance avec Jean Bottéro



 



 



Septembre 1995. Je finissais de récrire le mythe de GILGAMESH. J’y avais passé deux ans et l’éditrice qui m’avait proposé ce travail le refusait. « Vous sortez du cadre jeunesse ! » m’avait-elle averti quelques mois plus tôt, alors que j’étais allé lui lire des extraits de mon texte en cours d’écriture. « Mais n’importe. C’est votre tempérament. Continuez. On trouvera une solution ! » De solution, il n’y eut pas, car les projets qu’elle nourrissait alors n’étaient plus d’actualité quand j’eus terminé. Je restais donc seul, nanti des quelques remarques que mon ex-éditrice m’avait prodiguées pour une reprise éventuelle, dont j’étais convenu. En effet, j’étais déterminé à tout recommencer, suivant ainsi le conseil de Claude Duneton qui m’avait dit un jour : « Non, ne corrige pas par ci par là, en relisant. Si tu veux récrire, récris tout. Reviens au point de départ des intentions, respire-les à nouveau, rumine-les, et tu verras, d’autres rythmes s’imposeront, un autre phrasé, un autre texte… »  J’avais bien l’intention d’obéir aux conseils de l’ami, et c’est alors que je m’apprêtais à me remettre au travail, que je me suis décidé à contacter Jean Bottéro. Ses livres, ses articles, auxquels je m’étais référé continuellement pour tenter de me représenter cette ancienne Mésopotamie, avaient  fait de mon interlocuteur un géant avec qui, au fil des semaines et des mois, je dialoguais chaque jour en secret. Mais quitter cet échange silencieux, où j’interrogeais le maître sans façon pour entrer dans un échange réel, face à face, je n’osais m’y résoudre. La marche était trop haute pour moi. Par chance, une amie prof d’École Normale, m’avait aidé à la franchir. À l’occasion d’une rencontre avec ses étudiants, j’avais évoqué mon travail sur Gilgamesh et elle m’avait parlé de monsieur Bottéro, qu’elle avait vu animer des ateliers d’épigraphie avec des enfants d’école élémentaire. « Je t’assure, vas-y ! C’est un homme bienveillant. » Elle m’offrait un sésame. Bienveillance, la plus illustre des qualités ! Qu’un si grand savant conservât cette simplicité de cœur et cette humilité m’avait libéré.

 

C’est ainsi que j’ai osé lui écrire, joignant mon manuscrit à ce courrier, assorti d’un carnet de timbres et d’une grande enveloppe à mon adresse, afin qu’il n’ait pas à en payer de sa poche le retour s’il n’avait pas le temps ou, plus simplement, pas envie d’en prendre connaissance.

 

Or, non seulement il lut mon texte, mais il me répondit. Une semaine, jour pour jour après mon envoi, je recevais son courrier. J’avais alors l’habitude d’attendre des mois la réponse des éditeurs à qui j’adressais mes textes. Une semaine, je n’en revenais pas. Mais que contenait sa lettre ?


Réponse de monsieur Bottéro




 



 



Voici notre premier échange